Crime en sous-sol

Durée de lecture : 2 minutes

29 juin 2011 / Hervé Kempf




Alors que la touffeur estivale rend assez pénibles les trajets en métro, la fréquentation de ce moyen de locomotion qui fait de Paris une des capitales les mieux desservies en transports collectifs peut générer un sentiment d’horreur : l’ogre télévisuel a envahi ce bizarre espace public-privé. On marche dans la foule pour attraper sa correspondance ou gagner la sortie et, sans que le cerveau conscient s’en puisse défendre, l’esprit est attiré par une image animée vantant tel ou tel produit.

Sans doute s’est-on déjà habitué à la gesticulation des quelque 400 écrans déployés par Métrobus, la filiale de la RATP. Et de même s’habitue-t-on à la multiplication des téléviseurs dans les cafés, les centres commerciaux, les divers espaces publics, au tohu-bohu permanent de sons et d’images qui vise à enfermer la société dans les cloisons de l’individu consommateur, étranger aux autres, rivé à l’écran.

Le collectif Les Déboulonneurs a organisé une action de protestation, vendredi 24 juin, à la Bastille, non loin de l’endroit où les « indignés » se réunissent avec ténacité tous les soirs. Utile rappel. Les écrans numériques n’intègrent-ils pas des « capteurs optiques » capables d’analyser le nombre et le comportement des personnes regardant les écrans ? « On les a retirés », assure Métrobus. Ce qui témoigne de l’utilité du travail depuis trois ans des Déboulonneurs et autres antipublicitaires, sans les enquêtes desquels l’oeil serait dans le sous-sol et regarderait le citoyen.

Mais même sans capteur les écrans sont toujours là et s’apprêtent à conquérir les aéroports, les gares, les centres commerciaux, les rues... Ils représentent une consommation d’énergie tout sauf négligeable : chaque dispositif publicitaire tel que ceux présents dans le métro, mesurant 1,75 m en diagonale, consomme plus de 4 mégawatts heure par an, soit à peu près autant qu’un foyer français de quatre personnes. Un gaspillage stupéfiant alors que l’heure est censée être aux économies d’énergie.

Cette évolution est-elle inéluctable ? Non. On pourrait libérer la ville, non seulement de ces boîtiers électroniques antiécologiques, mais de l’affichage urbain lui-même. Sao Paulo, la plus grande ville du Brésil, y est parvenue. La bataille a été rude, la municipalité a affronté les menaces et le chantage du lobby publicitaire, mais, finalement, la loi interdisant l’affichage est passée et a été reconnue constitutionnelle. Il y a fallu une ferme volonté politique. Oyez, élus du peuple : la volonté mise au service des citoyens est payante. Le maire de Sao Paulo, Gilberto Kassab, a été réélu en 2008.






Source : Cet article a été publié dans Le Monde daté du 29 juin 2011.

Lire aussi : Les écrans publicitaires gaspilleurs d’énergie se multiplient dans le métro parisien

27 mai 2020
En plein déconfinement, la gestion des tests reste bancale
Enquête
25 mai 2020
À pied, à vélo, en canoë… Voyager lentement pour se reconnecter au vivant
Alternatives
27 mai 2020
Non au retour à un État fort, misons sur le local et sur la société
Tribune




Du même auteur       Hervé Kempf