Dans la capitale hyper-embouteillée du Bangladesh, la « révolution sur deux roues » prend de l’essor

Durée de lecture : 5 minutes

6 mai 2014 / Pantha Rahman Reza (Global Voices)

Dacca est connue pour ses embouteillages monstres qui rendent la vie quotidienne extêmement pénible. Certains ont trouvé la solution : le vélo. Et de simple alternative, l’initiative devient un mouvement populaire appelant à la transformation.


Fondée il y a plus de 400 ans, Dacca est une ville riche en histoire. Ne s’étalant que sur 350 kilomètres carrés, la capitale du Bangladesh compte près de 18 millions d’habitants.

La ville est également connue pour être l’une des plus invivables au monde, selon l’Economist Intelligence Unit. Les importants embouteillages ont grandement contribué à cette mauvaise réputation. N’importe quel touriste peut ainsi rapidement constater que les files de voitures avancent à une allure d’escargot. La capitale ne peut tout simplement plus supporter ce trafic en constante augmentation, source de stress pour de nombreux Bengladais.

Dorénavant, des habitants ont trouvé une certaine quiétude grâce au vélo, qui permet de sortir des embouteillages.

Palash Ranjan Sanyal est l’un d’entre eux. Il publie ainsi sur le blog Dhaka Tribune :

"Un matin, j’attendais un pousse-pousse pour me rendre à l’université, j’étais en retard pour mes examens. J’attendais, encore et encore…

Puis j’ai soudainement pensé à prendre mon vélo. Il ne m’a fallu que dix minutes pour rejoindre l’université, un parcours qui me prenait généralement une demi-heure auparavant.

Et voilà comment tout a commencé. Depuis ce jour, je roule à vélo partout. Cela m’a permis d’économiser énormément de temps et d’argent. Parfois, je n’ai pas mon portefeuille sur moi et je n’y fais même plus attention."

Se déplacer à vélo est également le mode de circulation privilégié par le blogueur Sandhi. Il écrit sur cadetcollageblog :

"Jour après jour, Dhaka devient une ville plus infernale où pousse-pousses et bus circulent difficilement. Des transports qui sont également coûteux. La plupart des gens sont très stressés quand ils sont bloqués sur la route en raison des embouteillages. Dans ces circonstances, mon vélo semble être un don de Dieu. Me rendre à l’école, manger un morceau en pleine nuit ou faire diverses démarches deviennent plus simples grâce à mon vélo. Je suis heureux d’avoir découvert cette magnifique solution."

Un défilé de vélos sur le campus de l’université de Dhaka, lors de la Journée Mondiale du Vélo 2012, réclame une piste cyclable dans les rues de Dhaka. Image de Firoz Ahmed. Copyright Demotix (18/9/2012)

La révolution cycliste

Si les vélos sont utilisés depuis des années à Dhaka, la “révolution sur deux roues” n’a débuté qu’en 2011.

Mozammed Haque, le fondateur de l’association cycliste BDCyclists, est le personnage central se cachant derrière cette révolution. Ingénieur informatique, il perdait une heure et demie par jour dans la circulation routière ; il décida alors de se rendre à son bureau à vélo.

Ses collègues et d’autres l’ont rapidement imité. BDCyclists est alors né, principalement actif sur Facebook. En trois ans, plus de 35 000 membres ont rejoint ce groupe pour discuter de tout ce qui est relatif au vélo. Sur le site internet de la communauté :

"Nous ne sommes ni un groupe d’athlètes d’élite, ni des gens s’entraînant pour la compétition. Nous sommes seulement des gens ordinaires comme vous, des étudiants, des employés, des hommes d’affaires dont l’objectif commun est de rester en forme malgré la vie stressante de Dhaka. Et de rouler pour le plaisir, pour notre bien-être et pour partager un moment de complicité."

BDCyclists organise des courses de vélo et événements, comme les Vendredis du Vélo, Masse critique, les Samedis de Joshila, les virées cyclistes nocturnes de BDC, la “leçon du débutant”, et la grande course annuelle. Longue de 10 à 20 kilomètres, elle attire jusqu’à 4 000 cyclistes.

Aujourd’hui, BDCyclists fait campagne pour transformer Dhaka en “ville cycliste” dans les années à venir. Le blogueur Aminul Islam Sajib fait part de ses impressions après sa première réunion avec la communauté BDCyclists :

"Je ne suis pas encore un cycliste, mais je me sens prêt à le devenir. Je n’ai pas encore commencé à rouler, mais je me suis tellement amusé aujourd’hui que je peux imaginer à quel point ma première course sera plaisante."

Voici une vidéo postée sur Youtube par Iqbal Hossain, un membre de la communauté :

Girl power

Dans un pays où les filles sont harcelées alors qu’elles se contentent de marcher dans la rue, BDCyclists impressionne d’autant plus pour avoir attiré plus de 100 femmes dans la communauté, qui prennent possession des rues à côté de leurs homologues masculins, à vélo.

La blogueuse JaJabar Backpacker vit hors de Dhaka et est enseignante. Elle partage son expérience de cycliste à Sachalayatan :

"Près de notre quartier résidentiel, nous avons une zone où vivent les travailleurs. Mais ce n’est pas un ghetto. Certains d’entre eux ont un niveau de vie assez confortable. Ils élèvent du bétail. L’an dernier, j’ai exploré cette zone sur ma nouvelle bicyclette. Après avoir fait le tour du quartier deux fois, j’ai remarqué que des gens s’étaient rassemblés et me regardaient. Lorsque je me suis rapprochée d’eux, ils m’ont accueillie avec des sourires d’encouragement."

La demande de vélos a été multipliée par vingt, une tendance dont s’est félicité le gouvernement. Ce dont Dhaka a désormais besoin, c’est de pistes cyclables, une requête difficile à satisfaire alors que des essaims de piétons et de vendeurs ambulants occupent les trottoirs et empiètent même sur les voies de circulation.


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Source et photo : Global Voices (Traduction Emmanuelle Marmion)

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