De Notre Dame des Landes à Istanbul, un même combat

24 juin 2013 / Collectif francilien de soutien à Notre-Dame-des-Landes


C’est donc avec colère et détermination que les manifestants ont accueilli les forces de l’ordre venues les déloger avec matraques, lances à eau, gaz et pelleteuses, dans la nuit et les jours qui ont suivi. La révolte localisée sur et autour de la place Taksim a gagné les quartiers voisins. Les violents affrontements de la nuit du 31 mai ont mis le feu aux poudres, drainant de nombreux manifestants dans les rues à travers toute la Turquie, depuis le 1er juin.

Le lundi 27 mai, plusieurs centaines de personnes ont installé un campement de tentes pour s’opposer à la destruction d’un lieu de promenade historique, le parc de Gezi, au coeur d’Istanbul. Lieu de rassemblements – longtemps interdits –, la place Taksim est un des rares lieux de verdure qui subsistent face à l’urbanisation galopante initiée par le gouvernement turc au début des années 2000. Or, pour une population plus modeste, progressivement chassée du centre-ville par la gentrification d’Istanbul, ces rares lieux de rencontre subsistants sont vitaux.

La répression policière particulièrement violente rappelle de sombres souvenirs à la population : le 1er mai 1977, 34 personnes avaient trouvé la mort sur la place Taksim lorsque les chars dispersaient les 500 000 manifestants rassemblés là suite à l’appel des organisations de travailleurs. S’ajoute à ça une montée du conservatisme religieux, imposée par le gouvernement Erdogan à un pays laïc depuis 1923, et mal vécue par une partie de la population. L’obstination martiale et méprisante du premier ministre, face à une population qui accumule rancoeur et colère, a été l’étincelle qui embrase le pays depuis une semaine.

Si la révolte a trouvé sa source dans l’opposition à la destruction d’un espace de vie pour des visées économiques, elle a acquis aujourd’hui la dimension d’une insurrection sociale et politique et démontre que les espaces naturels, de vie, sont intimement liés à un tissu social, dont ils sont le poumon. Supprimer ces espaces, c’est mépriser le vivant et mépriser les populations qui y ont leurs racines. Dans un contexte économique difficile, fruit d’un capitalisme mondial irresponsable et indifférent à ses conséquences écologiques et humaines, ce mépris des gouvernants est ressenti comme une trahison par des populations à bout de leur tolérance.

Au Forum Social Mondial de Tunis, les participants de nombreux pays se sont accordés sur une charte à l’égard des grands travaux inutiles et imposés (GPII). Elle dénonce le soutien inconditionnel, financier et politique, aux multinationales promotrices de projets coûteux et nuisibles aux populations locales. Elle pointe également du doigt la militarisation et la criminalisation des oppositions. Que ce soit à Taksim en Turquie, à Atenco au Mexique, au Val de Susa en Italie ou à Notre-Dame-des-Landes en France, l’imposition de vastes chantiers de construction, au mépris des espaces naturels de vie, s’est accompagnée d’une répression aveugle et féroce de toutes contestations, pourtant massives.

Devant ce constat, nous ressentons chaque jour davantage l’urgence d’une convergence internationale de luttes de réappropriation des territoires dont nos gouvernements nous dépossèdent.

Face à des discours politiques dictés par la vénalité des intérêts économiques et imposés par la force des armes, qui blessent, mutilent et tuent, nous affirmons notre désir de pouvoir réaliser une autre vision de société et et vivre autrement les espaces que nous habitons.

Solidaires de nos amis turcs, nous affirmons notre soutien aux occupant-e-s de la Place Taksim et à toutes celles et ceux qui manifestent à travers ce pays et dans le monde !

http://nddl-idf.org/ -





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Sourceet image : Collectif francilien de soutien à Notre-Dame-des-Landes

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