De Seattle à Copenhague

Durée de lecture : 3 minutes

28 novembre 2009 / Hervé Kempf


En décembre 1999, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’apprêtait à célébrer triomphalement à Seattle les bienfaits du libre-échange. Mais une contestation massive unissant syndicats, écologistes et tout ce qu’on allait appeler la société civile transformait la cité radieuse en une ville assiégée et la réunion en une pantalonnade.

Dix ans plus tard, la question écologique a pris le dessus dans la liste des priorités internationales : Copenhague sera, dans dix jours, le lieu d’un psychodrame diplomatique et médiatique tout à fait singulier. Ce basculement en une décennie témoigne de l’évolution rapide des esprits et de la réalité.

Voilà que l’OMC se réunit à Genève une semaine avant la conférence sur le climat de Copenhague. Le télescopage n’est qu’apparent : les deux thématiques du commerce et de l’environnement sont intimement liées.

La décennie passée a enregistré l’abaissement de la puissance des Etats-Unis relativement à celle de la Chine. Cette évolution s’est traduite notamment dans le fait que les émissions de gaz à effet de serre de la Chine surpassent dorénavant celles des Etats-Unis. Cependant, selon une étude parue dans la revue Energy Policy en 2008 (Weber C. et al., p. 3572), un tiers des émissions chinoises sont attribuables aux exportations.

Les exportations des uns étant les consommations des autres, les consommateurs des produits chinois sont responsables d’une grande partie des émissions chinoises. Si l’on veut réduire les émissions de la Chine, ce qui est très souhaitable, un moyen efficace est de moins importer de produits chinois. Et d’accepter de payer plus cher un certain nombre de biens, ce qui réduira la consommation matérielle, tout en préservant des emplois dans les pays importateurs.

Comment faire ? En instaurant une taxe aux frontières liée à l’environnement. Les pays ayant adopté des mesures rigoureuses sur l’environnement taxeraient les produits importés des pays n’appliquant pas de telles mesures.

La Chine, cela va de soi, s’oppose vigoureusement à cette idée, qu’Européens et Américains ne soutiennent que prudemment. Pourtant, Pékin recourt sans barguigner au protectionnisme, d’une part en maintenant le yuan largement sous-évalué, d’autre part en appliquant et en renforçant de nombreuses mesures protectionnistes (L’Expansion de décembre).

Il faut parler plus fort. Tant du point de vue de l’environnement que de celui de l’emploi dans les pays occidentaux et de celui du rééquilibrage d’une économie chinoise en surchauffe, une taxe environnementale aux frontières est souhaitable. Pour être juste, son produit devrait être affecté, comme l’a proposé un rapport du Centre d’analyse stratégique (note n° 104, juin 2008) au Fonds d’aide aux pays pauvres pour s’adapter au changement climatique.

Cela s’appelle protectionnisme ? Oui, protection du bien commun qu’est le climat de la planète.

...................................................

Références

- Weber et al., « The contribution of Chinese exports to climate change », Energy Policy, 36 (9), 2008, p. 3572-3577. http://homepages.see.leeds.ac.uk/~l...

- Mathieu, Béatrice, « Pékin, superexportateur et ultraprotectionniste », L’Expansion, n°747, décembre 2009. http://www.lexpansion.com/economie/...

- Centre d’analyse stratégique, Note de Veille n°104 (juin 2008), « Régulation climatique globale : quels mécanismes d’inclusion des importateurs de carbone en Europe ? », http://www.strategie.gouv.fr/articl...




Source : Cet article est paru dans Le Monde du 29-30 novembre 2009.

Lire aussi : Un monde sans l’OMC est possible http://www.reporterre.net/spip.php?...

19 septembre 2019
Climat : la France ne tient pas ses objectifs
Info
18 septembre 2019
Naomi Klein : « Nous entrons dans l’ère de la barbarie climatique »
Entretien
19 septembre 2019
Week-end féministe à Bure : « Le nucléaire est un monstre du patriarcat »
Entretien




Du même auteur       Hervé Kempf