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De la social-démocratie à la social-écologie

Durée de lecture : 4 minutes

10 août 2009 / Philippe Martin

Le député du Gers répond plaisamment au questionnaire estival, expliquant la démarche écologiste de divers socialistes.

L’article « A vous de jouer » http://www.reporterre.net//spip.php... proposait de choisir parmi les propositions suivantes : 1 - Les décideurs sont menteurs et hypocrites ; 2 - Il y a enfin une vraie politique écologique dans ce pays ; 3 - Toutes vos histoires d’environnement, on s’en bat l’oeil ; 4 - Les responsables sont irresponsables ; 5 - Le capitalisme continue de saccager l’environnement au nom de la « croissance verte » ; 6 - Je cherchais où passer mes vacances, j’ai trouvé.

Je crains, hélas, que les réponses à votre questionnaire soient :
1 : Oui ; 2 : Non ; 3 : Oui ; 4 : Oui ; 5 : Oui ; 6 : depuis longtemps j’ai choisi le Gers (réponse subjective bien sûr...).

J’ajoute quelques commentaires à ces réponses trop binaires :

1) En réalité les décideurs ne sont pas « menteurs et hypocrites », ils sont juste « renouvelables ». Les échéances sont si rapprochées avec des critères de « résultats », que cela laisse encore peu de place à la conduite d’une politique durable dans laquelle il y a moins de « rubans à couper » et dont les effets immédiats sont souvent peu perceptibles.

2) S’il n’y a pas, ou du moins pas encore, de « vraie politique écologique dans ce pays », convenons que nous assistons à une prise de conscience écologique - politique et citoyenne - qui constitue déjà un progrès qu’il ne faut pas bouder (je me méfie comme de la peste porcine de ces militants d’une cause longtemps minoritaire qui s’en détournent dès lors qu’elle leur échappe en devenant populaire). Le danger, selon moi, est moins la lenteur avec laquelle se met en place cette politique écologique que la confusion qu’induit dans l’esprit de nos concitoyens l’utilisation tout azimut du concept de développement durable et la bonne conscience que celle-ci suscite chez ceux qui croient agir pour l’environnement (aller voter Europe écologie en garant son 4X4 devant le bureau de vote nécessiterait un débat sur la notion « d’empreinte écologique » de nos actes quotidiens).

3) Beaucoup de gens ne se « battent pas l’oeil » de nos histoires d’environnement. Simplement et pour des raisons diverses ils ne sont pas toujours en situation d’en faire leur priorité absolue. Pour manger des produits bio, sans OGM, labellisés, il faut du pouvoir d’achat et beaucoup n’en ont pas. Comment intégrer que ce qui est important c’est d’avoir un logement à énergie positive quand on a pas de logement du tout ? Après le « bouclier fiscal », le « bouclier environnemental » pour les riches ?

4) Les « responsables » ne sont pas systématiquement « irresponsables », ils sont pris par l’urgence des questions qu’ils doivent, aussi, régler (logement, santé, retraite, éducation, emploi...). La mise en oeuvre d’une « dictature verte » étant à proscrire et « la démocratie étant le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres », voilà pourquoi le consensus politique qui s’est exprimé à l’occasion du vote à l’Assemblée Nationale de la loi Grenelle de l’environnement est un impératif absolu. Il peut y avoir dans les années qui viennent des alternances politiques (je le souhaite), il ne doit plus y avoir d’alternance dans la politique résolument écologiste que doivent mener la droite (si elle admet que la société capitaliste et libérale qu’elle soutient depuis des lustres est la source de l’essentiel de nos maux environnementaux) et la gauche (si celle-ci sait faire de la « sociale-écologie » le coeur de son projet). La responsabilité dans ce domaine si particulier de la préservation de notre planète demande avant tout du temps et de la constance dans l’engagement.

5) La crainte, c’est effectivement que les capitalistes traditionnels (les vrais responsables du désastre écologique de notre planète), appréhendent la défense de l’environnement comme un business classique et s’y adaptent afin de prendre des parts de marché de cette « green économy » dont ils n’ont pas souhaité l’avènement mais dont ils veulent être, hélas, les nouveaux hérauts. C’est le grand danger car, sans changement radical de notre mode de production et de consommation, point de salut. De ce point de vue l’absence de cette question au G20 de Londres peut faire craindre le pire.

6) Dans le Gers, il n’y a qu’un aérodrome de tourisme, un Agenda 21, des repas de saison servis dans les cantines scolaires des collèges (produits bio ou labellisés, de saison et produits à moins de 100kms des collèges concernés), les appels d’offres pour refaire les routes départementales privilègient les entreprises ayant recours à un « fluxant » végétal plutôt qu’issu de la pétrochimie, on y expérimente sur plus de 200 hectares « l’agroforesterie » (retour des arbres au milieu des grandes cultures), on favorise le retour des haies champêtres que la PAC avait fait disparaître, on y proscrit les OGM..... Bref, si vous cherchez un lieu pour passer vos vacances...



Source : Courriel à Reporterre.

L’auteur : Philippe Martin est député (PS) du Gers.

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