Débat : les voies de montagne doivent rester ouvertes aux véhicules motorisés

Durée de lecture : 4 minutes

31 mai 2010 / Gérard Métral


Après avoir lu le commentaire sur l’« envahissement des 4x4 », je ne
peux m’empêcher de faire les commentaires suivants.

Pratiquant de la haute montagne et un peu de randonnée, j’habite la
vallée de Chamonix et connais bien le problème. Il est vrai que lorsque
l’on se balade, on apprécie peu de retrouver bruit et gaz d’échappement
lors de notre bol d’air. Pour autant, il est regretable que nombre de
citadins pratique une intolérance à la hauteur de leur ignorance des
modes de vie montagnard. Exiger le renoncement à tous véhicules chez les
autres révèle un comportement pour le moins égoïste et peu courageux.
Pourquoi les mêmes citadins (et même certains ruraux) ne luttent pas
pour la suppression des voitures dans leurs propres agglomérations ou
régions ? Eux seuls auraient le droit d’être motorisés au quotidien ? Je
tiens à vous rappeler que bien des chemins carrossables existaient bien
avant la pratique courante de la randonnée pédestre. La montée en
alpage, ou en ferme isolée, de même que les parcours pour diverses
raisons se faisaient à dos de mulet puis en tracteurs puis en 4x4. Le
fait que la montagne comporte des pentes, des forêts et des alpages ne
limitaient en rien le droit des habitants à se motoriser comme les
autres habitants du pays. Les randonneurs sont arrivés plus tard et
prétendent aujourd’hui transformer notre terrain de vie en leur salle de
jeu et souhaiteraient nous faire vivre de la façon qu’eux même
souhaitent seulement pendant leurs vacances... S’ils détestent tant les
odeurs et les bruits de moteurs, ils devraient commencer par améliorer
leur propre cadre de vie en y supprimant les véhicules conformément à
leurs prétentions, ils en bénéficieraient au quotidien et pourraient
ainsi éviter d’aller le chercher en montagne les week end et autres
vacances, déplacements peu écologiques s’ils restent cohérents, et lors
desquels ils empoisonnent les riverains de routes qu’ils empruntent. (A
ce que je sache, ils s’y rendent bel et bien en voiture contrairement à
leur idéologie de circonstances).

Si une voie carrossable de montagne existe, c’est qu’elle est utile
et qu’elle a été faite pour que sa largeur soit utile, et n’a donc pas
été construite pour le seul plaisir de randonneurs. Les organisations
« nature » ou écologistes devraient plutôt considérer que la pratique de
la randonnée pédestre doit se faire sur des *_sentiers piétons _*et
lorsqu’elle emprunte une voie carrossable c’est en acceptant que les
utilisateurs originaux y soient à leur pleine et entière place. S’ils
souhaitent une pratique égoïste où eux seuls seraient acceptés, ils
doivent alors construire leurs propres chemins et ne pas utiliser les
voies construites par les locaux à d’autres fins et dont ils cherchent à
en détourner la finalité. Il est plus facile de construire des sentiers
que de déplacer des voies existantes.

Pour finir, j’ai le regret de préciser que la plupart du temps, les
utilisateurs les moins respectueux des routes de montagne et de leurs
utilisateurs, sont hélas des utilisateurs d’occasion en vacances qui
ignorent les bases du bon usage : Accélérations désastreuses qui
creusent les ornières et saccagent les renvois d’eau et autres ouvrages,
qui forcent le passage en ignorant que le véhicule montant a priorité,
ou alors qu’une place d’évitement est plus proche d’eux, oublient de se
ranger et couper le moteur au croisement de troupeaux, et j’en passe...

Vous considérez que la pollution est trop importante ? Moi
aussi, mais ne vous trompez pas de cible et restez cohérents et surtout
égalitaires : Suppression de trajets inutiles de semi-remorques, de
déplacements moutonniers lors de vacances, usines tournant à plein
régime pour la fabrication de gadgets inutiles ou impression de
prospectus à l’encre empoisonnée, déplacements aériens injustifiés etc.
sont bien plus polluants que le droit au déplacement des montagnards ou
ruraux dans leur propre environnement.La montagne doit rester vivante et
garder ses traditions (en évolution comme ailleurs) et ne doit pas
devenir un disneyland au seul usage de citadins en mal de nature et de
loisirs. Nous avons le droit d’être considérés autrement que comme un
musée ou une réserve de ce que les utilisateursoccasionels n’ont su
préserver chez eux.

A bon entendeurs...




Source : Courriel à Reporterre.

Lire aussi : Non aux voitures et aux motos sur les chemins http://www.reporterre.net/spip.php?...

20 septembre 2019
Philippe Martinez : « Avec les écologistes, on se parle ; ce n’était pas le cas avant »
Entretien
25 juillet 2019
Aux Rencontres de la photographie d’Arles, les murs séparent, la nature relie
À découvrir
21 septembre 2019
Le mouvement pour le climat mise gros sur la désobéissance civile
Enquête