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Tribune —

Découplage


Le printemps, les oiseaux chantent. L’été, les couples se forment. A la rentrée, les affaires sérieuses reprennent. Tiens, le découplage. Quand, à la fin de l’été ou dans la vie, les couples se défont, on parle de séparation. Si l’on a préalablement convolé dans le mariage, c’est le divorce. Et chez les pacsés ? On dépacse ? Enfin bon.

Revenons au découplage. Soit deux réalités évoluant de concert. Elles sont « couplées ». Vraisemblablement, l’une dépend de l’autre. Si les deux réalités divergent, on dit qu’elles se « découplent ».

Prenons un exemple. Tiens, la croissance. La divinité devant laquelle s’inclinent présidents, ministres, entrepreneurs, économistes, journalistes... « Croissance, ô croissance, monte, ô monte, sauve-nous, ô croissance ! » Un torrent de larmes, d’encre et de salive, jour après jour, implore, ausculte, vénère le fétiche : 1,6 %, tout va mal ; 2,4 %, on est sauvés.

Une secte irresponsable se gausse de cet unanimisme bêlant. On les appelle les « écologistes ». « Plus votre économie croît, disent-ils, plus vous abîmez la biosphère, ruinant peu à peu les bases d’une économie saine et durable. » Il arrive que des économistes se laissent prendre à leurs objections, au lieu de garder l’oeil rivé sur l’horizon sacré de la croissance. Tiens, Tim Jackson, dont je vous ai naguère recommandé Prospérité sans croissance (De Boeck, 248 p., 17 euros).

Jackson ne parle pas de décroissance, il demande simplement si une économie croissante peut diminuer son impact sur l’environnement. Si oui, va pour la croissance. Sinon, il faut changer de modèle économique. Pour que la croissance soit acceptable, rappelle-t-il, il faut que s’opère un « découplage » entre l’évolution du PIB et celle de l’impact de l’économie sur l’environnement. Comment évaluer cet impact ? Par divers indicateurs, tels que les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’énergie, ou la consommation de matières. Or, sur aucun de ces indices, ni l’humanité ni même les pays de l’OCDE n’ont réussi à opérer un découplage : depuis 1990, leur PIB a crû continûment, tout comme leur consommation d’énergie et de matières, et leurs émissions de gaz à effet de serre. Parfois, sur certaines périodes, le PIB a crû plus vite que les consommations, mais celles-ci n’ont jamais diminué, ce qui serait nécessaire pour réduire l’impact sur l’environnement. Et, alors que nous nous dirigeons vers 9 milliards d’habitants, la poursuite de la croissance mondiale ne peut qu’aggraver la dégradation de la biosphère, en l’absence de découplage.

Il serait bien que présidents, ministres, économistes et tous les autres s’intéressent au découplage, non ?


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