Des déchets atomiques italiens vont traverser la France dans le secret

Durée de lecture : 7 minutes

15 janvier 2013 / Réseau Sortir du nucléaire

15 départements seront traversés les 16 et 17 janvier par un convoi de déchets atomiques italiens.

« La situation a empiré ces derniers mois ; les autorités mettent tout en œuvre pour qu’aucune information ne puissent filtrer sur l’existence de ces convois, quitte à employer des stratagèmes scabreux pour camoufler ces trains et les faire passer pour des trains classiques. »


Communiqué de presse commun du Réseau "Sortir du nucléaire", du syndicat SUD-Rail et des associations italiennes Legambiente Valsusa, Legambiente e Pro Natura del Vercellese et Global Info Action

Un train transportant deux conteneurs de combustible usé italien hautement radioactif devrait quitter l’Italie dans les jours à venir pour rejoindre le terminal ferroviaire de Valognes (Manche). Il traversera la France les mercredi 16 et jeudi 17 janvier, passant par 16 départements [1]. Le référé-liberté déposé par le Réseau Sortir du nucléaire ayant été rejeté, ce transport dangereux va donc traverser l’Italie et la France sans que les populations ni même leurs élus ne soient informés de son existence et des risques inhérents.

Une fois arrivés à Valognes, ces déchets seront acheminés à l’usine Areva de La Hague pour y être "traités". Leur retour en Italie, où aucune solution n’existe pour les stocker, aurait lieu entre 2020 et 2025.

Des deux côtés de la frontière, les citoyens se mobiliseront pour dénoncer le passage du convoi.. Le Réseau "Sortir du nucléaire" publie les horaires et l’itinéraire sur son site.

Un transport à haut risque

Hautement radioactif, le combustible usé, composé majoritairement d’uranium, mais aussi de plutonium et de produits de fission et actinides mineurs, dégage énormément de chaleur et de radioactivité. Ce convoi à hauts risques devrait traverser des zones urbaines densément peuplées.

Les rayonnements radioactifs gamma émis par les conteneurs Castor (Cask for storage and transport of radioactive material) se propagent à plusieurs dizaines de mètres du wagon, entraînant un risque pour les personnes se trouvant à proximité, riverains comme cheminots.

Inique et obsolète, la réglementation sur le transport des matières radioactives autorise des débits de dose pouvant aller jusqu’à 2 millisieverts par heure au contact du wagon, soit un niveau de radiation environ 20 000 fois supérieur à la radioactivité naturelle [2]. Il est impératif que les pouvoirs publics revoient ces normes de toute urgence.

Par ailleurs, les normes de résistance aux chocs et au feu des Castor s’avèrent ridiculement basses et ne prennent pas en compte bon nombres de situations qui pourraient se présenter en cas d’accident ferroviaire grave.

Le Réseau "Sortir du nucléaire", le syndicat SUD-Rail et les associations italiennes rappellent qu’il est conseillé aux agents et au public de se tenir éloigné d’un convoi hautement radioactif stoppé en gare, et incitent les cheminots à exercer leur droit de retrait en cas d’intervention sur ces convois.

Un transport tenu secret

Malgré ces risques, les autorités italiennes et françaises ne fournissent aucune information sur ce type de transports, et taisent leur existence et leur dangerosité pour les riverains, la population et les salariés concernés. Certains services de l’État, les collectivités et les élus locaux, qui devraient être formés et avertis pour pouvoir réagir et mettre en œuvre un plan d’urgence en cas de problème, sont maintenus dans l’ignorance.

La situation a même empiré ces derniers mois ; les autorités mettent tout en œuvre pour qu’aucune information ne puissent filtrer sur l’existence de ces convois, quitte à employer des stratagèmes scabreux pour camoufler ces trains et les faire passer pour des trains classiques. Cela, afin d’éviter les mobilisations qui pourraient attirer l’attention sur l’existence de ces transports et sur leurs risques.

Un transport inutile

L’industrie nucléaire produit chaque année des tonnes de déchets dont on ne sait que faire [3]. Certains pays étrangers, dont l’Italie, envoient le combustible usé issu de leurs centrales – telle une patate chaude - à l’usine AREVA de La Hague pour qu’il y soit “traité“ : l’Hexagone est ainsi régulièrement traversé par ces déchets, qui s’ajoutent à ceux issus des réacteurs français, pour un volume dépassant les 500 convois par an.

Pourtant, loin d’être une solution, le “traitement“ des déchets engendre des risques et des transports supplémentaires. Il contamine de manière irréversible la pointe du Cotentin et la Mer du Nord en rejetant des effluents chimiques et radioactifs dans l’eau et l’environnement. Il est de surcroît inutile : le traitement à l’usine Areva de La Hague ne diminue pas la radioactivité des déchets, mais augmente au contraire leur volume.

Quand le retraitement des déchets italiens à La Hague cache en réalité un stockage en France

Pour l’heure, aucune solution de stockage ou d’entreposage n’existe en Italie pour accueillir ces déchets après leur retraitement en France. À l’occasion du premier transport italien en 2008, l’Autorité de Sûreté Nucléaire avait d’ailleurs rappelé publiquement ses réserves sur ces convois et sur les délais de retour prévus par l’accord entre la France et l’Italie [2]. Ceux-ci doivent retourner en Italie entre 2020 et 2025, ce qui est très tardif. Pourquoi un tel délai de retour qui a pour conséquence de stocker les déchets italiens en France, faute de solution en Italie pour les recevoir ?

Non seulement le « retraitement » à La Hague ne constitue en rien un recyclage, mais l’envoi des déchets radioactifs à La Hague semble surtout une astuce pour certains pays afin de faire oublier temporairement le problème insoluble de leur gestion. Plus de 20 ans après l’arrêt de son dernier réacteur, l’exploitation de l’énergie nucléaire dans les années 1980 laisse à l’Italie un lourd héritage...

En Italie comme en France une même impasse : on ne sait pas quoi faire des déchets nucléaires

Pour le Réseau "Sortir du nucléaire" et le syndicat SUD-Rail, Legambiente Valsusa, Legambiente e Pro Natura del Vercellese et Global Info Action il faut mettre fin à cette industrie productrice de déchets mortifères, pour lesquels il n’existe nulle part de gestion viable.

En France, les autorités souhaiteraient les enfouir à 500 mètres sous terre à Bure dans la Meuse ; en Italie, en attendant de trouver une hypothétique solution, on les envoie en France, afin de repousser la question de leur gestion dans le temps. Il n’y a qu’une solution crédible : arrêter d’en produire en sortant au plus vite du nucléaire.

Le Réseau "Sortir du nucléaire", le syndicat SUD-Rail, Legambiente Valsusa, Legambiente et Pro Natura del Vercellese et Global Info Action seront donc mobilisés contre ce transport et appellent à des mobilisations et vigies tout au long du trajet.

Pour retrouver le suivi du convoi et des éventuelles mobilisations

Retrouvez également des informations en direct sur notre fil twitter @sdnfr

..........................................

Notes

[1] La Savoie, l’Ain, le Jura, la Saône-et-Loire, la Côte d’Or, la Haute-Marne, les Vosges, la Meuse, la Marne, l’Aisne, la Somme, la Seine Maritime, l’Eure, le Calvados et la Manche.
Trajet et horaires ici

[2] En 1998, le laboratoire de la CRIIRAD a mesuré, à 50 mètres d’un wagon transportant du combustible irradié, un flux de radiation gamma nettement supérieur à la normale. Le débit de dose gamma neutrons était plus de 500 fois supérieur au niveau naturel, à 1 mètre du wagon. Comme l’a régulièrement rappelé la Criirad, la réglementation autorise ainsi la circulation, en des lieux accessibles au public, de wagons dont le niveau de radiation au contact peut être si importante, qu’en seulement 30 minutes de présence, un individu peut recevoir la dose maximale annuelle admissible pour le public. Voir la note CRIIRAD N°11-20 Risques liés au transport des combustibles irradiés, Valence, 8 février 2011

[3] 1 200 tonnes par an, uniquement pour la France.



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Sortir du nucléaire

Lire aussi : Le débat « sans débat » sur les déchets nucléaires commence

19 octobre 2019
Radio Bambou : et si on mangeait des fruits et légumes de saison ?
Chronique
27 août 2019
Au Camp Climat, plus de militants et plus déterminés
Reportage
18 octobre 2019
La colonisation du monde par les fleurs, une histoire mystérieuse
À découvrir




Du même auteur       Réseau Sortir du nucléaire