Des socialistes demandent au gouvernement de sortir de l’impasse de Notre Dame des Landes

Durée de lecture : 5 minutes

5 janvier 2013 / Laure Pascarel, Nicolas Pagnier, Fabienne Bidou, Denis Vicherat


Notre-Dame-des-Landes (NDDL) est désormais le symbole de la résistance à un modèle de développement que beaucoup jugent inadapté aux enjeux actuels et l’emblème de ces « grands projets inutiles », alors que l’argent public se fait plus rare. Au regard des événements récents et des manifestations qui se déroulent depuis de longs mois, la résistance se fédère et sa détermination grandit. Le propos de ce texte n’est pas d’argumenter sur les avantages et inconvénients de ce projet - même si notre mouvement a pris clairement position contre ce nouvel aéroport - mais de contribuer à sortir de cette situation d’incompréhension, de blocage et d’affrontement.

La réponse d’un gouvernement de gauche ne peut en aucun cas consister en une répression brutale et disproportionnée, fût-elle légale. Car elle accélère la rupture entre notre gouvernement et une partie non négligeable des citoyens en prenant le risque toujours possible d’un drame. Et n’utilisons pas l’argument fallacieux selon lequel, ayant voté localement pour des élus favorables au nouvel aéroport, les habitants ne seraient plus en mesure de contester ce projet. Ce serait faire injure aux électeurs et adopter une vision restrictive de la démocratie. D’ailleurs, l’UMP est également favorable à ce nouvel aéroport, contrairement à la majorité des forces de gauche et des milieux associatifs. Affirmer que la population locale serait pour ce projet sous prétexte qu’une majorité des élus régionaux le sont n’est que pure spéculation.

Notre parti ne peut pas continuer à regarder en spectateur ce qui se passe à NDDL, au risque de laisser le gouvernement s’embourber dans ce qui pourrait être un nouveau Larzac. Les difficultés économiques et sociales auxquelles les Français sont confrontés n’autorisent pas la gauche à ouvrir un nouveau front avec cette population qui devrait être notre alliée dans ce combat contre la droite et ses partenaires économiques. Peut-on reprocher à ces opposants, souvent jeunes, de s’intéresser à la chose publique, d’expérimenter et de proposer d’autres formes de vie commune, faites de coopération et de solidarité, à l’opposé du néolibéralisme que nous combattons ?

Notre parti doit avoir la mission de rassembler l’ensemble des forces de gauche ainsi que les milieux associatifs. Or, à l’intérieur même du PS et encore plus particulièrement en Loire-Atlantique, règne une omertà sur NDDL. Evoquer le sujet, vouloir en débattre, suscite immédiatement la suspicion. Ce sujet est tabou. « Le débat a été tranché il y a dix ans… dans tous les cas de figure ce projet se fera », déclarait récemment la porte-parole de notre parti. Belle ouverture d’esprit ! Nos militants, nos sections, nos fédérations doivent être les outils d’un dialogue ouvert à tous et non, comme cela vient d’être le cas, réservé aux seuls responsables de notre parti, ce qui constitue un déni de démocratie interne.

Les porteurs du projet en sont réduits à recruter des lobbyistes et à acheter des pages de publicité dans la presse où les opposants sont caricaturés comme menant « une lutte idéologique contre le progrès, le développement et la croissance de nos territoires » (sic).

Rien ne serait pire qu’un passage en force entraînant une victoire à la Pyrrhus aux séquelles durables. Contrairement à certaines déclarations, tous les recours juridiques, au niveau français ou européen, n’ont pas encore été rejetés et pourraient ne pas l’être. Six au moins, dont quatre sont susceptibles de bloquer le projet : recours devant le Conseil d’Etat ; au Parlement européen pour non-respect des directives européennes et recours possible au regard de la loi sur l’eau et sur le fondement de la destruction d’espèces protégées. Une condamnation de la Cour de justice de l’Union européenne rajouterait l’humiliation au désaveu.

En exerçant son devoir d’alerte devant une situation de plus en plus explosive et pour renouer les fils d’un dialogue aujourd’hui inexistant, les membres de notre mouvement adhérents au PS font la proposition suivante :

Le soutien à Jean-Marc Ayrault sur la commission de dialogue est conditionné à l’élargissement de son champ d’action à l’étude des propositions alternatives au nouvel aéroport, en intégrant l’analyse économique du cabinet d’études européen CE Delft, les coûts pour la collectivité des infrastructures de transport que ce nouvel aéroport entraînerait et les besoins d’Airbus quant à la piste actuelle.

Par ailleurs, ce projet devra être cohérent avec le plan climat de Nantes métropole et les travaux de la conférence environnementale nationale sur la transition écologique.

Si ces éléments essentiels ne sont pas ajoutés et que cette commission se contente de débattre des mesures d’accompagnement environnemental du nouvel aéroport, elle est vouée à l’échec et ne fera qu’exacerber la tension entre les parties.

Nous suggérons également à notre Premier ministre, qui personnalise beaucoup trop ce projet, de prendre, dans l’intérêt du gouvernement, une nécessaire distance et d’exprimer sa neutralité.

Il n’y a pas d’urgence, tout le monde en convient. Prenons le temps d’un vrai dialogue, même s’il dure un ou deux ans, mettons tous les éléments sur la table, en toute transparence. Abordons sereinement l’option du référendum, étudions la possibilité d’abroger la déclaration d’utilité publique ainsi que le contrat de concession signé avec Vinci par le gouvernement précédent. Prenons enfin, à partir de ces études, consultations et discussions, la meilleure décision.

Le gouvernement et notre parti ont besoin de tous pour engager démocratiquement la nécessaire transition écologique et la rendre compatible avec le souci légitime des élus de développer l’activité économique de leur région.



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Source : Libération

Laure Pascarel est membre du Conseil national du PS et du mouvement socialiste Utopia, Nicolas Pagnier est membre du Conseil national du PS et du mouvement socialiste Utopia, Fabienne Bidou est membre du mouvement socialiste Utopia, et Denis Vicherat est membre du mouvement socialiste Utopia.

Consulter par ailleurs : Dossier Notre Dame des Landes

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