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Dilettante écologiste

Durée de lecture : 2 minutes

17 novembre 2010 / Hervé Kempf


Dans son ouvrage au titre d’une élégance consommée, Tu viens ? (Gallimard, 2009), Nathalie Kosciusko-Morizet annonce avoir « conçu un projet »collaboratif’’ de réflexion politique et de prospective sur Internet, que chacun peut rejoindre à l’adresse www.tuviens.fr" (1). Mais si l’on visite le site indiqué, on constate que le projet, interrompu en février, a fait long feu.

L’anecdote est révélatrice du dilettantisme qui caractérise le régime sarkozyste : on annonce de grands desseins que l’on oublie sitôt que l’opportunité, le calcul ou la communication indiquent qu’un nouveau gadget pourra séduire une opinion supposée inconstante. La seule loi qui semble réellement inspirer ces personnages est celle de la lutte pour le pouvoir.

Le remaniement ministériel officialise l’abandon de la prétendue « révolution écologiste » qu’annonçait M. Sarkozy, en octobre 2007 : « C’est bien à une révolution que nous invite ce Grenelle de l’environnement, paradait-il, une révolution dans nos façons de penser, dans nos façons de décider, une révolution dans nos comportements, dans nos politiques, dans nos objectifs et dans nos critères. » (2). On a dit ici, il y a peu, ce qu’il restait du Grenelle et du bilan du ministre Jean-Louis Borloo (3). Le remaniement, en dépouillant le « grand ministère » de la branche essentielle qu’est la politique de l’énergie pour la faire rentrer dans le giron du ministère de l’économie, confirme que l’écologie est redevenue marginale dans l’esprit de ce gouvernement.

Mais après tout, ce recul n’éclaircit-il pas les termes du débat qui va s’ouvrir d’ici à l’échéance de 2012, en confirmant l’inaptitude structurelle de la droite à mener une vraie politique environnementale ? On voudrait le croire, dès lors que l’on pense qu’une telle politique ne peut se dissocier d’une volonté de justice sociale absente de l’esprit d’un régime obsédé par le maintien des privilèges des riches.

Mais la gauche est-elle prête à remplir le vide ainsi manifesté ? A définir une politique qui concevrait le tournant écologiste comme le moteur de la transformation sociale et économique, en prenant acte du fait que la crise financière ouverte en 2007 oblige à changer toutes les règles du jeu ? On reste sceptique.

Certes, Europe Ecologie s’affirme, certes, le Parti de gauche intègre l’écologie dans sa démarche (au fait, pourquoi ne parlent-ils pas ensemble, ces deux partis ?), mais le Parti socialiste hésite, tergiverse, renâcle à abandonner le dogme productiviste. La faiblesse écologiste du gouvernement pourrait ouvrir un boulevard à la gauche. Ou favoriser une compétition de la passivité derrière les grands mots.

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Notes :

(1) http://www.tuviens.fr

(2) Discours du 25 octobre 2007 : http://www.elysee.fr/president/les-...

(3) http://www.reporterre.net//spip.php...




Source : Cet article est paru dans Le Monde daté du 17 novembre 2010.

Ecouter aussi : Nathalie Kosciusko-Morizet, qu’est-ce que la croissance verte ? http://www.reporterre.net//spip.php...

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