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Disparition des espèces, le rythme s’accélère

Tous les modèles scientifiques convergent pour prédire une accélération des extinctions d’espèces. Pour limiter celle-ci, les recommandations relèvent du bon sens : éviter la sur-exploitation des ressources et limiter la fragmentation des milieux.


Un groupe d’experts internationaux soutenus par le programme Diversitas (1) vient de livrer ses prévisions pour la biodiversité au cours du XXIe siècle. L’un des chercheurs de l’IRD, Thierry Oderboff, qui a contribué à l’exercice, revient sur ses enjeux et ses limites.

Sciences au Sud : Quels étaient les objectifs de cette expertise sur la biodiversité ?

Thierry Oberdorff : En passant cette commande à Diversitas, la Convention sur la Diversité Biologique (2) attendait des experts une synthèse des résultats de recherche les plus récents sur l’évolution de la biodiversité. Il nous était également demandé d’interpréter les scénarios pour l’avenir et d’en définir les tendances. Ces éléments font l’objet d’un Cahier technique (3) consacré au sujet : « Scénarios de biodiversité : projections des changements de la biodiversité et des services écosystémiques pour le XXIe siècle ». Le même groupe d’experts a réalisé en parallèle une analyse des modèles utilisés pour ces projections dont les résultats ont été publiés dans Science (4).

SAS : À quels résultats principaux a-t-elle abouti ?

T. O. : Les modèles d’extinction de biodiversité actuellement développés comportent de grosses incertitudes mais tous convergent pour prédire une accélération des extinctions quels que soient les modèles et les scénarios économiques proposés par l’Intergovernmental Panel on Climate Change. Notre publication suggère des voies d’amélioration de ces outils de prédiction.

SAS : Quelles sont, selon vous, les limites des scenarii proposés ?

T. O. : La plupart des modèles se fonde sur une des rares « lois » en écologie : « La richesse biologique augmente en fonction de la superficie d’habitat selon une relation linéaire lorsque les valeurs sont exprimées en logarithmes. » Pour calculer la perte de biodiversité, les scientifiques travaillent donc sur la disparition et la fragmentation des milieux de vie des différentes espèces. Ces modèles fournissent un pourcentage d’espèces condamnées à disparaître mais sont incapables de dire celles qui sont concernées ni en quel laps de temps leur extinction surviendra.

SAS : En conséquence, quelles recommandations préconisez-vous ?

T. O. : Les recommandations sont celles du simple bon sens : éviter la sur-exploitation des ressources et limiter la fragmentation des milieux. L’analyse dans Science pointe la tendance des modèles à exagérer les probabilités d’extinction. Les chercheurs s’attellent donc, entre autres, à leur amélioration dans le but de fournir des taux d’extinction des communautés d’espèces par unité de temps. La connaissance du facteur temps permettra d’agir plus efficacement sur la protection des espèces. Enfin, nous recommandons de ne pas s’attacher uniquement à la notion d’extinction mais de prendre en compte les modifications d’abondance et de répartition des populations engendrées par les changements climatiques attendus. La Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité vient d’ailleurs d’initier un programme national d’envergure afin de modéliser et de scénariser les dynamiques de la biodiversité.

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Notes :

1. Programme international de recherche en biodiversité.
2. Traité adopté pendant le Sommet de la Terre à Rio en 1992.
3. http://www.fondationbiodiversite.fr/
4. « Scenarios for Global Biodiversity in the 21st Century », Pereira et al, Science, 26 October 2010.


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