Élections au Japon : un soupçon de fraude ?

Durée de lecture : 3 minutes

18 décembre 2012 / Eiko Nakayama

Les élections législatives du 16 décembre au Japon ont donné la majorité au parti conservateur pro-nucléaire. Mais un journal suggère que les élections ont été en partie manipulés.


Dimanche 16 décembre, le scrutin législatif japonais, marqué par une faible participation (59 %) a donné la majorité au Parti Libéral-Démocrate

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Pour les élections législatives du Parlement japonais du 16 décembre 2012
(46es), une chose nous étonne :
c’est que de très nombreux bureaux de vote ont
avancé l’heure de leur fermeture.

La veille, le site internet de la chaîne de télévision publique japonaise
NHK annonçait que 16 000 bureaux de vote, soit 30 % des 49 000 bureaux,
avanceraient leur heure de fermeture.

En effet, le jour des élections législatives,
des cris de colère et de frustration se sont échangés sur twitter :
« Veut-on flouer les électeurs ? »
« N’est-ce pas la violation de nos droits ? »

Si la fermeture de bureaux de vote est avancée,
la défection des électeurs indécis avantagera les partis
qui ont une base électorale bien implantée comme le PLD et le Nouveau Komeito.

En consultant les quotidiens nationaux et régionaux,
on pouvait effectivement relever de nombreux exemples d’avancement de l’heure
de fermeture des bureaux de vote.

- Préfecture de Fukushima : 100% des 1321 bureaux de vote.
            (de 1 à 4 heures plus tôt )

- Préfecture de Gunma : 99%

- Préfecture de Akita : 85,05%

- Préfecture de Iwate : 64,47%

- Préfecture de Miyagi : 57,18%

- Préfecture de Nagano : 304 sur 1501 bureaux de vote (25,25%)
1 à 3 heures plut tôt, et sur 35 d’entre eux,
heure d’ouverture retardée et heure de fermeture avancée, etc.

Nous n’avons pas pu vérifier la totalité des 47 préfectures,
mais il semblerait que
toutes les régions ont pratiqué l’avancement de fermeture de bureau de vote.
Ce sont des préfectures de Tôhoku
(le nord de l’île principale Honshû, la région qui a subi la triple catastrophe du 11 mars 2011)
qui ont le pourcentage le plus élevé de bureaux ayant avancé la fermeture.

D’après l’article 40 aliéna 1 de la loi sur les élections publiques,
l’avancement de la fermeture de vote est autorisé
« en cas de circonstances exceptionnelles ».
Or, depuis l’application en 2000 de la loi promouvant la décentralisation,
l’heure de fermeture de vote peut être modifiée sur décision de chaque collectivité locale.

Une collectivité locale de la préfecture de Kumamoto,
la ville de Kôshi, qui a avancé à 19h l’heure de fermeture fixée à 20h,
explique sur son site internet les raisons de l’avancement de fermeture de vote :
on peut publier plus tôt le résultat,
augmentation des votes anticipés, économie des frais de personnel,
pour alléger du personnel, etc.

Et pourtant...
A qui profite l’avancement de la fermeture de bureau de votes et qui cela désavantage-t-il ?
Il est évident que cela profite au PLD et au Nouveau Komeito
qui disposent d’une force d’organisation et de mobilisation supérieure aux petits partis.

Sont bénéficiaires également
les quotidiens qui pourront publier à l’heure leur édition du matin
ainsi que les chaînes de télévision qui pourront vanter leur « rapidité »
de l’annonce des résultats.

Je n’ose imaginer que des fonctionnaires
qui ne souhaitent pas la victoire des petits partis réformateurs
aient voulu donner un coup de main en rusant avec l’heure de fermeture...

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(Ce texte est un large extrait de l’article de Eiko Nakayama,
publié sur le Journal Web de Ryûsaku Tanaka,
le 17 décembre 2012 à 01h47 heure japonaise)



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Source : Yosomono-net France

Photo : Tanakaryusaku

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