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Eloge des fous

Durée de lecture : 2 minutes

11 juillet 2012 / Hervé Kempf


Le gouvernement indien a eu une idée lumineuse. Il a demandé aux psychiatres de l’Institut national de la santé mentale (NIMHANS) d’étudier les « déséquilibres mentaux » des opposants antinucléaires. Depuis des années, en effet, paysans et écologistes tentent d’empêcher la mise en service de la centrale nucléaire de Kudankulam, dans l’Etat du Tamil Nadu, au sud de l’Inde. Ils jugent que l’implanter dans un lieu où vivent un million d’habitants dans un rayon de trente kilomètres est très dangereux, et que les conséquences d’un accident seraient énormes. Car ils pensent qu’un accident nucléaire pourrait se produire ! Ils sont fous, c’est sûr.

Le torrent de protestations a eu raison de l’intention du gouvernement, qui en juin a dû renvoyer les psychiatres à leurs occupations. Mais le geste est révélateur. Les classes dirigeantes sont tellement persuadées d’avoir raison qu’elles attribuent l’opposition à un désordre mental.

Du samedi 7 au mercredi 11 juillet se rassemble à Notre Dame des Landes une kyrielle de fous : le « 2e Forum européen contre les grands projets inutiles imposés ». Des centaines d’écologistes d’Europe entière vont partager leur expérience des projets d’aéroports géants, de lignes TGV, d’autoroutes, de centrales nucléaires, de casinos démesurés… Car ils se sont rendus compte que tous ces projets présentaient des caractères communs : gaspillage des ressources des terres agricoles, corruption fréquente, privatisation des bénéfices, manque de transparence, refus d’examiner les argumentations critiques et les propositions alternatives. Ces projets sont aussi toujours soutenus, observent-ils, par « une alliance de la droite libérale classique et des sociaux-démocrates », et donnent lieu à « une répression de plus en plus féroce ». Du Forum pourrait naître une coordination européenne, indispensable pour parvenir à porter la question des grands projets dans le débat public.

Le travail de ces fous est aujourd’hui des plus utiles. Car dans la panique qui saisit les dirigeants économiques à mesure que l’économie se délite, et faute d’aucune volonté de reprendre la main sur le système financier, les « responsables » vont désespérément vouloir lancer « grands chantiers » et « grandes infrastructures » au nom du totem de la croissance. Il est urgent de montrer que ces projets détruisent l’environnement, mais aussi l’emploi et les finances publiques, et que des alternatives sont possibles et nécessaires.




Source : Cet article est paru dans Le Monde du 8 juillet 2012

Photo : Infosur hoy

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