En Argentine, l’obsession pour le soja appauvrit les sols

Durée de lecture : 3 minutes

31 octobre 2013 / Hugh Bronstein (Planet Ark)



En Argentine, une politique en faveur de l’exportation du soja pousse les agriculteurs à délaisser le maïs et le blé. Problème : le manque de rotation des cultures entraîne un appauvrissement des sols.


Ressource clé de l’Argentine, ses sols agricoles sont en voie d’épuisement par manque de rotation des cultures au fur et à mesure que le soja empiète sur des zones agricoles autrefois utilisées pour le maïs, le blé et le pâturage du bétail.

Cette perte de fertilité menace les rendements des cultures alors que les importateurs comptent sur le troisième producteur mondial de maïs et de soja pour qu’il augmente sa production.

Le manque de rotation des cultures découle du choix du gouvernement de limiter les exportations de maïs et blé par des quotas qui peuvent être augmentés ou diminués tout au long de l’année. Cela pousse les producteurs vers le soja, imposé à 35 pour cent, mais non soumis aux quotas d’exportation.

Du coup, les sols s’appauvrissent : en effet, les tiges laissées par le maïs fournissent du paillis qui permet à la pluie d’entrer dans le sol. Quand l’eau ne peut pas pénétrer, le ruissellement emporte les nutriments du sol et les rend plus vulnérables aux périodes de sécheresse.

"Parce que le maïs et le blé sont pénalisés par le gouvernement, les agriculteurs sont contraints de réduire leurs risques. Ils se concentrent sur les profits à court terme et plantent du soja", dit Manuel Alvarado Ledesma, un consultant agricole à Buenos Aires.

"Si aucun incitatif n’est prévu pour la rotation des cultures, l’Argentine va épuiser ses sols, et les zones les plus faibles se transformeront en désert dans quelques années", dit-il .

La culture du soja de l’Argentine occupe 20,65 millions d’hectares pour la saison 2013/14, contre 14,5 millions dix ans plus tôt, selon le ministère de l’agriculture. Les semis de maïs ont baissé à 5,7 millions d’hectares cette saison, contre 6,1 millions dans le cycle 2012/13, mais bien au-dessus des 2,99 millions d’hectares ensemencés il y a dix ans. Six millions d’hectares de maïs ne suffisent pas à équilibrer 20 millions d’hectares de soja.

Le sol devient « brûlé »

Le soja tire plus de la terre que les agriculteurs ne peuvent y remettre sous forme d’engrais.

"Le processus de dégradation des terres est un fait", indique une source gouvernementale ayant une connaissance directe du problème, mais qui a demandé à ne pas être identifiée.

"Cela se passe lentement dans les régions du pays avec les meilleurs sols et plus rapidement dans les régions où la qualité du sol est inférieure. Mais c’est en cours," a dit la source. "Sur le long terme, le pays est en train de perdre son potentiel de rendement. C’est le plus grand danger."

Les semences de maïs et les engrais sont environ deux fois plus chers en Argentine que ceux utilisés pour la culture du soja, un autre facteur qui pousse les producteurs à planter du soja sur du soja.

"Le sol se consume par le manque de matières organiques laissées par les cultures de maïs" ajoute la source gouvernementale.

L’espace dédié au blé argentin, qui est également soumis à des limites d’exportation, a quant à lui diminué et n’est plus que de 3,4 millions d’hectares, au lieu de 6 millions il y a dix ans .

Le ministère américain de l’Agriculture prévoit pour l’Argentine une production de soja 2013/14 de 53,5 millions de tonnes, de maïs à 26 millions de tonnes et de blé à 12 millions de tonnes.

Exclue des marchés de capitaux internationaux depuis son défaut souverain 2002, l’Argentine dépend de ses revenus agricoles pour financer des programmes sociaux pour les pauvres, en particulier dans la banlieue de Buenos Aires fortement peuplée.






Source : Traduction et adaptation par Elisabeth Schneiter pour Reporterre d’un article de Planet Ark

Photo : Planet Ark

Lire aussi : Quel problème de santé le soja transgénique pose-t-il en Argentine ?

5 octobre 2020
La plus grande action jamais menée en France contre le trafic aérien
Reportage
26 octobre 2020
Interdire l’école à la maison, « un pas de plus vers la normalisation de la société »
Enquête
27 octobre 2020
À La Réunion, mobilisation pour sauver le « Ti coin charmant », un riche jardin côtier
Tribune