En Autriche, l’Arche de Noah transforme la conservation des semences en création politique

Durée de lecture : 4 minutes

2 mai 2013 / Alter Echos

En Autriche, plus de 6 000 variétés de légumes rares et de céréales sont conservées par l’Arche de Noah. Cette organisation à but non lucratif, forte de 10 000 membres, mise sur le travail en réseau pour faire vivre la biodiversité cultivée.


Cet article a initialement été publié dans le Journal des rencontres internationales des maisons de semences qui se sont déroulées du 27 au 29 septembre 2012 à Boulazac (Dordogne) à l’initiative du Réseau Semences Paysannes, de Bio d’Aquitaine et de l’association BEDE.

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« Nous considérons les plantes comme nos partenaires et pas comme nos marchandises ». Beate Koller est coordinatrice de l’Arche de Noah, une organisation à but non lucratif en Autriche. Créée en 1990 à l’initiative de jardiniers, d’agriculteurs et de journalistes soucieux de l’avenir des semences et des variétés « anciennes », l’Arche de Noah rassemble aujourd’hui 10 000 membres. « On compte quelques centaines de paysans et plusieurs milliers de jardiniers », précise Beate.

Ces particuliers, agriculteurs ou jardiniers amateurs, conservent des semences dans leur jardin et leurs champs, et prennent soin des variétés menacées d’extinction. L’Arche encourage à la créativité dans la conservation, chacun est donc libre de laisser les variétés évoluer et s’adapter localement s’il le souhaite.

Plus de vingt ans après sa création, l’Arche de Noah possède aujourd’hui l’une des plus grandes banques de semences d’Europe avec plus de 6 000 variétés de légumes rares et de céréales. Afin de pouvoir observer et faire vivre une partie de cette richesse, un jardin situé à 150 km de Vienne et abritant environ 400 variétés, est ouvert aux visiteurs.

« Nous n’avons pas vocation à devenir une firme semencière »

Dès le début, l’organisation a fait le choix qu’une partie de son travail devait être financé par la vente des semences. Celles-ci sont donc commercialisées dans la boutique du jardin, sur les marchés où l’Arche de Noah est présente, et par la vente par correspondance. Un inventaire de toutes les variétés détenues par les membres de Arche de Noah et par sa banque de semences est réalisé chaque année.

Le catalogue qui en est issu, gratuit pour les membres, mentionne les variétés à conserver, les contacts des personnes qui les détiennent, des informations sur les endroits où les variétés sont cultivées et des données sur leurs intérêts. Les membres de l’organisation qui mettent leurs collections dans le catalogue reçoivent une « contribution » pour leur travail au moment de la vente des semences. Mais cette contribution financière ne correspond pas totalement à la valeur de la semence vendue, c’est-à-dire au coût de production [1]. Le travail de conservation réalisé par les membres demeure un service rendu.

La mise en réseau, une dimension essentielle

« Nous n’avons pas vocation à devenir une firme semencière, tient à préciser Beate. La biodiversité est un processus vivant qui repose sur une conservation dynamique et pas statique ». La mise en réseau est ainsi un aspect essentiel du travail de l’Arche de Noah.

Au-travers de formations, de séminaires et de publications, l’Arche invite ses membres à partager leurs connaissances et à échanger avec d’autres acteurs impliqués dans la préservation de la biodiversité cultivée. « Nous tenons des rencontres dans différentes régions où les gens se rendent, visitent, échangent. Nos formations sont également variées, certaines s’étalant sur une année complète, d’autres consistant en des ateliers cuisine où l’on apprend à transformer ses légumes pour l’hiver », relate Bate.

L’organisation dispose aussi d’un service technique et apporte réponses, soutien et conseils à ses membres dans le choix des variétés, la préservation des variétés rares, la culture, etc. Plusieurs livres recensant les expériences des adhérents ont également été édités.

Créateurs actifs politiques

De façon plus globale, un travail de conscientisation autour de la semence est mené par l’Arche de Noah, auprès des enfants notamment. « Beaucoup ne comprennent plus le lien entre les semences et leur vie de tous les jours, constate Beate. Nous essayons au quotidien d’enrichir et de renouveler le lien entre les producteurs et les consommateurs ».

Toutes ces activités s’appuient sur une large équipe comprenant de nombreux bénévoles. Si l’Arche de Noah bénéficie du soutien financier de fondations, ce sont essentiellement les cotisations et les dons qui la font vivre. « Ce qui guide notre travail, conclut Beate, c’est de voir en chacun de nos membres des créateurs actifs politiques ».

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Notes

[1] Arche de Noah, réseau de conservation dynamique



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Source et photo : Alter Echos

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