En Haute Normandie, le débat sur l’énergie est fermé à la discussion

Durée de lecture : 6 minutes

31 mai 2013 / Collectif Stop EPR, ni à Penly ni ailleurs




Mercredi 21 mars, Pierre-Henry Maccioni, préfet de région et Alain Le Vern, président de la Région Haute-Normandie, ont présenté le cadre et la déclinaison régionale du débat national sur la transition énergétique, voulu par le Président de la République [1].

Depuis, la région a organisé quatre réunions thématiques autour de quatre grandes questions identifiées par le Conseil national du débat sur cinquante-deux.

L’ambition de la Région était « de faire émerger un projet de société autour de nouveaux modes de vie sobres et efficaces en énergie. » Et Alain Le Vern lui même déclarait à la presse le 21 mars 2013 : « Les principes de ce débat national que nous déclinons ici en région correspondent tout à fait à la voie dans laquelle la collectivité régionale est engagée depuis des années en termes de transition énergétique. »

La mise en oeuvre du débat cependant n’a que partiellement répondu à cet objectif. Le travail collaboratif attendu n’a pas eu lieu. A notre regret, la Région a prévu et organisé seule le débat national sur la transition énergétique en Haute Normandie alors que l’observatoire Climat énergies Haute-Normandie aurait pu offrir la possibilité d’associer l’ensemble des acteurs de la transition comme cela a pu se faire en Basse-Normandie.

Ni le contenu des interventions ni le choix des intervenants n’ont fait l’objet d’une réelle consultation. A croire que la filière énergie reste encore aujourd’hui le principal interlocuteur des pouvoirs publics locaux [3].

Comment parler d’un climat de confiance aux vues de la désaffection des réunions et surtout des tensions palpables à Saint-Martin en Campagne ? Les réunions du débat sur la transition énergétique n’ont été que des conférences ne permettant pas un dialogue serein sur des questions pourtant concrètes qui intéressent le plus grand nombre.

Seul Michel Frémont a fait l’effort de présenter des solutions efficientes pour que chacun soit acteur de la transition, en particulier les élus, qui comme à Güssing ou à Montdidier pourraient engager leur collectivité sur la voie d’un modèle énergétique sobre, efficace et adapté aux ressources locales. Aucun autre acteur écologiste local n’a pu accéder à la tribune malgré de nombreuses sollicitations...

Nous sommes en droit de nous interroger sur la volonté effective en région de réduire la consommation énergétique globale. A Evreux, Jean-Louis Destans a donné à voir une réelle incompréhension des enjeux de la rénovation de l’habitat. Améliorer l’efficacité énergétique du parc immobilier n’est pas une charge mais un investissement vecteur d’emplois locaux et de développement des compétences des entreprises.

Le Schéma régional climat air énergie adopté le 21 mars 2013 ne peut nous rassurer compte tenu de la modestie des objectifs affichés [4]. Quand donc la Haute-Normandie entrera-t-elle en transition ?

Si la Région a l’ambition « de faire de l’énergie un secteur économique d’avenir, créateur d’emplois », force est de reconnaître que cet enjeu n’a pas été traité à sa juste valeur à l’occasion des réunions du débat sur la transition énergétique. Un réel manque d’ambition est apparu au Havre où il n’a été question que d’éolien, de photovoltaïque et de biomasse.

Or il existe bien d’autres énergies renouvelables qui pourraient être développées en région. Cela implique que les industriels et les pouvoirs publics imaginent des solutions innovantes tant sur le plan technique que financier. Il manque ici des outils de financement qui permettent de préparer l’après pétrole mais aussi l’arrêt des centrales nucléaires.

Aucun projet citoyen solidaire n’a été présenté. Seule l’intervention dans la salle d’une représentante de la société civile au Val de Reuil a mentionné ce modèle qui offre la possibilité à chacun de se réapproprier les enjeux énergétiques. La transition n’est pas le monopole de quelques grands groupes industriels mais l’affaire de tous, usagers et élus. Ainsi nous ne pouvons que regretter que la seule commune de la région qui dispose d’une régie publique d’électricité, Elbeuf, n’ait pas pu témoigner de son expérience.

Finalement il n’a jamais été question de la gouvernance de la transition énergétique en Haute-Normandie alors que cet enjeu a été clairement identifié par le conseil national du débat sur la transition énergétique dès novembre 2012 [5].

Le débat en Haute-Normandie n’a pas abordé un enjeu majeur de la transition, à savoir la nécessaire décentralisation du modèle énergétique français. A trop vouloir ménager les industriels locaux du secteur de l’énergie [6], la Région n’a pas assumé le rôle qui lui revient dès aujourd’hui pour préparer notre territoire aux enjeux du XXIe siècle. Chacun sait pourtant que le réchauffement climatique et la déplétion des matières premières vont nous obliger d’ici quelques années à revoir complètement nos consommations et l’appareil productif.

Les solutions pour faire face à cette crise globale ne viendront ni de Paris ni de Bruxelles. C’est ici en Région qu’il convient de penser l’énergie de demain, ses usages mais aussi ses modes de production et de distribution. Voilà un véritable défis pour la Région à l’heure où la troisième étape de la décentralisation s’annonce.

La Région, les départements et les communes sont les lieux de la transition énergétique [7]. Faut-il encore que nos élus en aient conscience. Leur responsabilité est grande non seulement face à l’avenir mais, dès aujourd’hui, face à leurs administrés percutés de plein fouet par la flambée de la facture énergétique. Des solutions existent et réussissent ailleurs. Qu’attendons-nous en Haute-Normandie pour les mettre en oeuvre ?

La Haute-Normandie n’a pas vocation a être une annexe du Grand Paris chargée de gérer des flux des marchandises et de produire une énergie consommée ailleurs. Il s’agit d’abord de faire face aux besoins locaux en particulier en matière d’emplois alors que les vieilles industries de l’ère du pétrole abondant disparaissent les unes après les autres.

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Notes

1- http://www.hautenormandie.fr/Lettres-d-informations/Articles/numero-ma-region-eco/n-24-mars-2013/Debat-sur-la-transition-energetique-cap-vers-l-excellence-environnementale

2- http://www.transition-energetique.gouv.fr/

3- sur quatre débats, EDF a été représenté deux fois à la tribune et systématiquement dans la salle

4- http://www.calameo.com/read/0015749753b1544cb1e00?authid=18uGuM6nUTsP

5- http://www.actu-environnement.com/ae/news/transition-debat-energie-propositions-groupe-travail-gouvernance-18412.php4

6- http://www.energies-haute-normandie.com/un-nouveau-conseil-dadministration-pour-energies-haute-normandie/

7- http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/09/07/les-villes-veulent-choisir-leur-avenir-energetique_1757100_3244.html






Source : Courriel à Reporterre du Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs

Photo : Transition Energie.com

Lire aussi : A Lille, les citoyens sont entrés dans le débat sur l’énergie

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