En Inde, les paysans de la marche non-violente ont gagné

13 octobre 2012 / Ekta Parishad

Quelques jours après le début de la marche de cent mille paysans vers Delhi, le gouvernement indien s’est engagé à une réforme agraire majeure


Le 11 octobre 2012 est une date à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire des droits à la terre en Inde.
L’accord auquel les représentants de Jan Satyagraha et le gouvernement indien sont parvenus devrait bénéficier aux populations les plus défavorisées de ce pays, adivasis (autochtones), dalits (“intouchables”) et bien d’autres groupes marginalisés.

Le Ministre du Développement rural, M. Jairam Ramesh, a remis un accord signé et a assuré ses interlocuteurs d’un engagement personnel fort dans la mise en application de la feuille de route et des changements institutionnels annoncés.

Les milliers de marcheurs de Jan Satyagraha se sont rassemblés dans l’expectative sous une grande tente sur la Place COD Ground à Agra. Après une introduction musicale par Ekta Kala Manch – branche
culturelle d’Ekta Parishad –, Ramesh Sharma, l’un des
négociateurs essentiels de l’équipe de Jan Satyagraha a
parlé du 11 octobre comme “d’un jour historique dans
une cité historique”
.

Pendant que Amitabh Beher, un autre des négociateurs de l’équipe, lisait les 10 points de l’accord signé en faveur des démunis et des sans-terre,
des copies de l’accord étaient distribuées à tous les marcheurs.

Les deux points majeurs de l’accord sont les suivants :

- l’établissement de l’ébauche d’une politique nationale de réformes agraires dans les 6 prochains mois, qui devrait être finalisée dans la foulée ;

- l’adoption d’une provision légale pour fournir des terres arables aux sans-terre et des terres habitables aux sans-abri.

L’accord fait aussi mention de mécanismes et de recommandations pour s’assurer de la mise en application de ces nouvelles politiques, comme les tribunaux de procédure accélérée, pour résoudre les innombrables
procédures en cours, ou la mise en place d’un groupe de travail sur les réformes agraires mené par le Ministre du Développement rural et comprenant aussi des organisations de la société civile, groupe chargé
de la mise en application des points de l’accord.

Ce groupe de travail se réunira pour la première fois le 17
octobre à Delhi.

P.V. Rajagopal, leader d’Ekta Parishad et de Jan Satyagraha, a évoqué la lutte qui avait commencé avec la première grande marche, Janadesh, il y a 5 ans.

Il a parlé de son vécu de l’année passée avec la Samwad Yatra, pendant laquelle il a sillonné le pays et fait l’expérience, en personne, de tant de réalités miséreuses de tant de groupes marginalisés en Inde.
Il les a appelés “les invisibles”, la plupart d’entre eux n’ayant accès à aucun droit, car ils n’ont pas de papiers pour être identifiés et ne peuvent donc avoir aucune revendication.

Lorsqu’on lui a demandé d’où venait la force de cette lutte, il a affirmé que c’était la force des démunis qui avaient réussi à transformer leur faiblesse en force. Ce qui s’est passé aujourd’hui, a-t-il ajouté, devrait
arriver dans l’ensemble du pays, une lutte non-violente qui mène à la victoire.

Il a prévenu, à toutes fins utiles, que si les étapes de la feuille de route n’étaient pas complétées dans les 6 mois, le gouvernement pouvait être assuré de la venue des 100 000 marcheurs d’Agra à Delhi pour compléter la marche.

Lors de son discours, le Ministre du Développement Rural, M. Jairam Ramesh, s’est engagé personnellement à faire tout ce qui était en son pouvoir pour suivre la feuille de route des réformes agraires.
Il a encouragé les organisations de la société civile à continuer à faire pression sur les gouvernements, surtout sur les gouvernements d’Etats puisqu’ils possèdent les prérogatives concernant les questions
foncières, afin de s’assurer de la mise en application effective des recommandations inclues dans l’accord.

Il a laissé entendre que s’il était avéré que la feuille de route n’était pas suivie, et que les progrès espérés ne se réalisaient pas dans les 6 mois, alors il serait juste de reprendre Jan Satyagraha.



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une petite faveur à vous demander. Dans une période où les questions environnementales sont sous-représentées dans les médias malgré leur importance, Reporterre contribue à faire émerger ces sujets auprès du grand public. Le journal, sans propriétaire ni actionnaire, est géré par une association à but non lucratif. Nous sommes ainsi totalement indépendants. Personne ne dicte notre opinion. Cela nous permet de couvrir des évènements et thèmes délaissés par les autres médias, de donner une voix à ceux qui ne sont pas audibles, et de questionner les puissants en les mettant face à leurs responsabilités.

Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés. Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et nous laissons tous nos articles en libre accès. Vous comprenez sans doute pourquoi nous avons besoin de demander votre aide. Reporterre emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produit quotidiennement des informations, enquêtes et reportages. Nous le faisons car nous pensons que notre vision, celle de la préservation de l’environnement comme sujet majeur de société, compte — cette vision est peut-être aussi la vôtre.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Source : Ekta Parishad

Photo : à gauche, Rajagopal, leader de la marche, à droite, Ramesh, le ministre indien du développement rural, Jairam Ramesh. The Economic times

Lire aussi : Les sans terre indiens ont pris la route


6 avril 2019
Les photojournalistes sont victimes, eux aussi, des violences policières
Enquête
23 avril 2019
Gaspard Glanz : « Je couvrirai les manifestations malgré les interdictions, parce que je suis journaliste »
Info
22 avril 2019
Le journaliste Gaspard Glanz enfin libre, mais empêché de travailler à Paris
Info


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre



Du même auteur       Ekta Parishad