En Suisse, du solaire plutôt que le nucléaire

Durée de lecture : 4 minutes

24 janvier 2011 / Romandie News

Les électeurs du canton de Berne voteront le 13 février sur le renouvellement d’un réacteur nucléaire. Une entreprise propose d’utiliser plutôt l’argent nécessaire au réacteur à un vaste plan d’énergie solaire.


Installations solaires au lieu d’une 2e centrale à Mühleberg

Berne (awp/ats) - A la veille des votations bernoise et nidwaldienne sur le nucléaire, une entreprise lance un projet ambitieux. La société propose aux Forces motrices bernoises (FMB) de consacrer les 13 milliards prévus pour la centrale de Mühleberg II à des installations solaires de même puissance.

Les panneaux formant cette « centrale solaire décentralisée » seraient montés sur pas moins de 16’000 toits, un processus qui prendrait 15 ans. Le coût moyen de production de l’électricité serait de 10,89 centimes par kilowattheure, un coût comparable à celui engendré par la future centrale, selon le site internet de Megasol, qui revient sur un article de la « SonntagsZeitung ».

La puissance totale de ces installations solaires, qui couronneraient aussi bien des maisons individuelles que des écoles ou des murs anti-bruit, s’élèverait à 8906 mégawatt-crêtes. Dès 2025, la centrale solaire produirait annuellement quelque 8 terrawattheure de courant électrique, de quoi se passer entièrement de Mühleberg II, selon l’entreprise bernoise.

L’installation nécessiterait des panneaux recouvrant une surface totale de 48 km2, soit 1,7% de la surface construite en Suisse. Aucun espace ne devrait être artificiellement aménagé, a précisé la société active dans le solaire.

L’offre de Megasol est bel et bien parvenue aux FMB, a indiqué dimanche à l’ATS le porte-parole de ces dernières, Antonio Sommavilla. Des zones d’ombres demeurent, comme celle de l’ampleur des éventuels surcoûts engendrés par un apport énergétique irrégulier - car dépendant de l’ensoleillement.

Les habitants de deux cantons suisses voteront le 13 février prochain sur des objets liés au nucléaire. Alors que ceux de Nidwald devront dire s’ils acceptent que le Wellenberg serve de site de stockage pour des déchets nucléaires, les citoyens bernois seront consultés sur le remplacement de la centrale de Mühleberg.


Nouvelle centrale à Mühleberg : les Bernois votent le 13 février

Berne (awp/ats) - L’avenir de l’énergie nucléaire dans le canton de Berne pourrait se jouer le 13 février. Les citoyens seront consultés à cette date sur le remplacement de la centrale nucléaire de Mühleberg. Le canton soutient officiellement le renouvellement de cette installation.

Le peuple dira dans les urnes s’il partage cette prise de position cantonale qui doit être transmise à la Confédération dans le cadre de la demande d’autorisation du remplacement de Mühleberg. L’issue du vote n’a pas un caractère contraignant mais elle constituera pour la Confédération un signal sur la popularité du nucléaire.

La position des autorités bernoises sur le nucléaire est complexe. Le gouvernement à majorité rose-verte est opposé au renouvellement de cette centrale. Mais la majorité bourgeoise du Grand Conseil a adopté en novembre une motion pour que, dans son avis au Conseil fédéral, l’exécutif soutienne ce projet.

Le gouvernement espère que le peuple ne partage pas cet avis et se rallie à son opposition à la construction d’une centrale sur sol bernois. L’installation de Mühleberg, entrée en service en 1972, est la plus ancienne centrale nucléaire de Suisse.

Un oui du peuple ne signifierait pas pour autant un feu vert à une nouvelle centrale sur le site de Mühleberg. Un refus constituerait en revanche un grave revers pour l’exploitant, FMB Energie, pour les milieux économiques et les partis de droite. Il relancerait les deux autres projets : Gösgen (SO) et Beznau (AG). Trois sites sont en course pour deux nouvelles centrales.

Les citoyens bernois ne seront pas les seuls à donner leur avis sur l’atome le 13 février. Ceux du canton de Nidwald se prononcent sur la prise de position, défavorable, du Conseil d’Etat sur le projet de déchets radioactifs au Wellenberg.

Dans le canton de berne, la campagne s’annonce chaude. Les milieux anti-nucléaires sont déjà montés au front en relevant l’absence de solution pour l’élimination des déchets irradiés ou en dénonçant les risques que court selon eux la population vivant près d’un réacteur. Le comité « Non à la nouvelle centrale nucléaire de Mühleberg » compte six partis et onze organisations.

Dans le camp adverse, on souligne l’importance de remplacer cette centrale nucléaire pour assurer la sécurité de l’approvisionnement énergétique de la Suisse. Les partisans de l’atome avancent aussi des arguments économiques pour justifier leur prise de position. Ils notent que la production issue des énergies renouvelables ne permet de loin pas de couvrir la demande en électricité.

Les avis divergent aussi sur les coûts d’une nouvelle centrale. Se basant sur l’avis d’experts, le gouvernement avance un montant qui oscille entre 9 et 15 milliards. La société FMB Energie articule elle un montant entre 7 et 9 milliards de francs.

Les citoyens de la ville de Berne ont donné un premier signal sur ce sujet sensible à fin novembre. Ils ont choisi à 60% l’option d’un avenir sans nucléaire. La capitale devra renoncer à cette forme d’énergie d’ici 2039.

(AWP/11 janvier 2011 08h05)



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