« En Tunisie, il faut encore vaincre l’oligarchie financière »

Durée de lecture : 4 minutes

8 février 2011 / Fathi Chamkhi

Le porte-parole du Raid/Attac Tunisie fait le point sur la révolution tunisienne.


En direct du Forum social mondial 2011 à Dakar

La nouvelle édition du Forum social mondial (FSM) vient de commencer.
Ce sont des milliers de personnes qui se sont donnés rendez-vous ce dimanche 6 février pour participer à la marche d’ouverture de ce FSM des dix ans. Celle-ci a débuté près du siège de la Radio Télévision Sénégalaise pour se diriger vers l’Université Cheikh Anta Diop (voir portfolio) où se dérouleront, à partir du 7 février, les travaux du FSM pendant 5 jours.

Evo Morales, président de la Bolivie, a fait le déplacement pour l’événement.

Au cours de la marche, nous avons rencontré Fathi Chamkhi, porte-parole du Raid/AttacTunisie. Economiste, Fathi Chamkhi a activement participé au mouvement d’émancipation démocratique dans son pays. Impliqué dans le mouvement altermondialiste depuis ses débuts dans les années 2000, il revient sur le cours des événements intervenus dans son pays et analyse les perspectives de la Révolution de jasmin. Il nous raconte aussi comment la Banque mondiale a dépêché son économiste en chef en Tunisie le lendemain de la chute de Ben Ali....

Mdl : Quelle est la situation aujourd’hui pour ton mouvement et dans le pays en général ?

Fathi Chamkhi ( FC) : Nous sommes heureux. Cela fait onze ans que nous nous battions pour faire reconnaître notre organisation, sans succès. C’est finalement cette révolution qui nous a tous libéré. Nous n’arrêtions pas de dire qu’une autre Tunisie était possible. Nous déclinions nationalement le slogan du mouvement altermondialiste, « un autre monde est possible ». Et voilà que la révolution nous a donné raison. Il faut bien comprendre qu’à travers ce qui vient de se passer, c’est un « Non » qui a été adressé au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale, à la mondialisation néolibérale. Et cela ne fait que commencer. En Algérie une journée de la colère est prévue le 12 février, en Egypte, au Yemen et ailleurs, c’est le monde arabe qui entre en ébullition, lui qu’on disait verrouillé, fini. Le mouvement est parti de Tunisie car c’est peut-être ici que les conditions étaient les mieux réunies. La Tunisie est une société homogène où le problème religieux n’est pas déterminant. L’islam n’était pas en jeu dans cette révolution. Il n’y avait aucune revendication se rapportant à la religion. Les mots d’ordre étaient sociaux. Ils concernaient l’emploi, la pauvreté, les conditions d’existence et aussi les libertés, le pouvoir.

Mdl : Et maintenant ?

FC : Nous avons désormais une lourde responsabilité. Et il faut encore se battre contre l’oligarchie financière. Le lendemain de la chute de Ben Ali, la Banque mondiale a dépêché son économiste en chef pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Tunis ! Il a carrément débarqué de Washington et pris les fonctions de gouverneur de la banque centrale de notre pays. Une vraie prise de pouvoir ! Sa première déclaration a été : « La Tunisie paiera ses dettes ». C’est incroyable ! Pour sa part, le nouveau ministre des affaires étrangères a réservé son premier voyage à la Commission européenne, puis s’est rendu à Paris. Il a visité Michèle Alliot-Marie pour lui jeter des fleurs ! Et ce, après les déclarations scandaleuses tenues par cette dernière. C’est une honte !

Mais quelque chose de fantastique se déroule dans notre pays : le développement d’un mouvement populaire. Il est partout, imbattable. De l’autre côté, le gouvernement est complètement désorienté. Il n’a aucune légitimité reconnue. Il ne maîtrise même plus sa police. Cette dernière ( entre 140 et 250 000 hommes - impossible de le savoir avec précision -, ce qui est énorme et montre sous quel type de régime nous vivions) vient de gagner le droit de constituer un syndicat. C’est formidable.

Le gouvernement n’arrive pas à gouverner. Trois gouvernements se sont déjà succédés en quelques semaines. Les préfets nommés sont contestés, personne n’en veut.

Maintenant, notre tâche est de construire une orientation durable pour notre mouvement. Il sait ce qu’il ne veut pas. Il doit maintenant aller plus loin. Un espace comme le FSM est important pour nous. Il doit être un point d’appui pour notre action. Nous comptons confronter notre expérience avec tous les mouvements sociaux présents.




Source : http://www.medelu.org/spip.php?arti...

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