Energie : l’Europe obéit aux lobbys industriels‏

Durée de lecture : 4 minutes

27 mai 2013 / Maxime Combes (Mediapart)

L’événement est passé quasi inaperçu : lors du sommet européen, le 22 mai, les chefs d’Etat européens ont adopté une position sur l’énergie remisant le climat au second plan.


Les chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’UE viennent de balayer d’un revers de la main toute véritable politique climatique pour adouber les recommandations des lobbies industriels en matière énergétique. Un tournant. Sidérant

Comme nous le craignions, les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays de l’UE réunis le 22 mai se sont accordés sur une déclaration finale profondément régressive, tournant le dos à tous les engagements publics sur la lutte contre le changement climatique ou sur les promesses de transition énergétique.

Dorénavant, pour l’UE et ses pays membres, les défis énergétiques se limitent aux prix trop élevés de l’énergie, à la compétitivité industrielle, à l’achèvement du marché intérieur, aux infrastructures d’interconnexion des circuits de distribution et à la nécessité d’encourager le secteur privé pour financer et investir. Le climat, les économies d’énergie, les énergies renouvelables, sans parler de la sobriété énergétique, de la résilience des territoires ou du contrôle citoyen sur l’énergie, sont au mieux marginalisés, au pire ignorés et méprisés.

Ainsi, la déclaration finale ne fait référence qu’une seule fois aux politiques climatiques de l’Union européenne. C’est pour saluer le livre vert de la commission européenne sur les objectifs de 2030 qui est pourtant loin d’être satisfaisant (voir notre post à ce sujet).

Le terme « climat » est prononcé à une autre occasion. Dans le cadre du paragraphe portant sur les « investissements ». Il est alors mentionné que les « financements doivent principalement provenir des marchés » et qu’il faut pour cela disposer « d’un marché du carbone fonctionnel et d’un cadre prévisible sur les politiques climat et énergie post-2020, propice à la mobilisation des capitaux privés et permettant de faire baisser les coûts des investissements énergétiques ». Ayez confiance, le secteur privé et les marchés s’occupent de tout. Avec un marché carbone défaillant, inefficace et dangereux.

Tout le reste de la déclaration est à l’avenant. Priment les exigences économiques et financières à travers l’amélioration de la compétitivité coût de l’industrie européenne et ce, à n’importe quel prix. Si certaines formules ont été lissées par rapport au brouillon de déclaration révélé par la presse, l’orientation générale reste la même.

"La fin de l’hystérie sur le climat"

Holger Krahmer, eurodéputé libéral allemand (ADLE) a clairement indiqué la façon de lire cette déclaration : « Pour la première fois, l’augmentation des coûts de l’énergie et la baisse de compétitivité de l’économie européenne seront plus importantes que les ambitions bien évidemment inexécutables sur le changement climatique mondial ». Il a salué « la fin de l’hystérie sur le climat ».

Cette déclaration, qui engage l’exécutif français, évoque en bonne place « un recours plus systématique aux sources locales offshore et onshore d’énergie », ce qui renvoie explicitement aux perspectives d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, y compris de schiste, en Europe.

Pour adoucir la chose, il y est adossé une référence au « respect des choix de mix énergétique des Etats-membres ». Mais du point de vue de l’UE, point de salut sans gaz de schiste.

Sur ce sujet, comme sur d’autres, les exigences portées par le lobby industriel Business Europe ont pesé. L’ordre du jour et le contenu de ce sommet aurait largement été influencé par une lettre du président de Business Europe envoyée au premier ministre irlandais, qui occupe actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE.

Focalisée sur l’avantage en termes de coût de l’énergie dont disposerait l’industrie américaine à travers l’exploitation des gaz de schiste, cette lettre pointe les dangers que font courir les politiques climatiques et les programmes de soutien aux énergies renouvelables sur la compétitivité industrielle. Il semblerait que Business Europe ait été entendu.

Avec cette déclaration, le Conseil européen tourne clairement le dos à toute véritable politique de luttes contre les dérèglements climatiques. François Hollande, représentant de l’exécutif français au Conseil européen porte sa part de responsabilité. Affligeant, abject, exaspérant, consternant, les qualificatifs ne manquent pas.




Source : Mediapart

Photo : Blog Cuipo

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