Eolien : une querelle de lobbies

Durée de lecture : 3 minutes

4 mai 2010 / Hervé Kempf

La focalisation sur l’éolien fait oublier la question bien plus importante des économies d’’énergie. Mais celle-ci n’a pas de lobby pour la porter.


Les éoliennes sont-elles un élément central du Grenelle de l’environnement ? Pas sûr, et l’arbre du vent risque fort de cacher la forêt de la politique énergétique.

Contrairement à ce qui est souvent répété, les « engagements du Grenelle » n’ont pas fixé d’objectif à la capacité éolienne du pays : parmi les 268 engagements énumérés dans le « Document récapitulatif des tables rondes » (1), le n° 55 prévoit que les énergies renouvelables devront représenter 20 % de l’énergie finale, mais ne pose pas de but chiffré aux énergies évoquées, qui sont la biomasse, la géothermie, l’éolien, le photovoltaïque et l’hydraulique.
Cette proportion représente un doublement par rapport à la situation actuelle.

Mais si cela suppose que ces énergies doivent voir leur part augmenter, rien n’oblige à un chiffre précis de capacité éolienne, ni d’ailleurs des autres formes d’énergie. En effet, une même portion du gâteau représente une part plus petite si le gâteau est plus petit. « Une politique de forte sobriété permet d’avoir moins d’énergie renouvelable, note Thierry Salomon, de l’association Negawatt. C’est important pour le nombre d’éoliennes à implanter. »

Dans la Programmation pluriannuelle des investissements publiée en janvier 2010 (2), le gouvernement prévoit que le pays passera d’une consommation électrique de 434 TWh (terawatt-heure) en 2007 à un minimum de 492 TWh en 2020. C’est-à-dire un médiocre effort de maîtrise de la consommation. Dans cette situation, 23 % en énergies renouvelables supposent, si le vent en représente le quart, près de 25 000 MW de capacité éolienne. Cette capacité serait bien moindre si la consommation était moindre.

Mais ce n’est pas la voie suivie, alors que la politique d’économies d’énergie a l’avantage d’être la plus efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en coûtant le moins et en créant le plus d’emplois, comme l’ont montré de nombreuses études, telle celle du cabinet McKinsey en janvier 2009 (3).

Pourtant, la politique actuelle ne favorise pas suffisamment cette voie. « La taxe carbone aurait fortement poussé aux réductions de consommation », note-t-on à l’Ademe. Mais elle a été repoussée en mars à des jours meilleurs par Nicolas Sarkozy. Les économies d’énergie ne sont pas fortement soutenues sur des terrains plus discrets : « Le crédit d’impôt sur les installations photovoltaïques – qui bénéficient déjà d’un tarif de rachat très favorable – est de 50 %, alors qu’il n’est que de 25 % sur les travaux d’isolation », note Frédéric Utzmann, de CertiNergy, entreprise spécialisée sur les certificats d’économie d’énergie. Dans le bâtiment aussi, les choses n’avancent pas assez vite. Si le Grenelle 2 prévoit des mesures très positives pour les constructions neuves, rien de significatif n’est prévu pour la réhabilitation des logements existants, où le gisement d’économies d’énergie est très important.

En fait, la question des éoliennes s’apparente à une querelle de lobbies : nucléaire d’un côté, professionnels des énergies renouvelables de l’autre. Mais la voie qui permettrait d’apaiser le conflit – en diminuant le nombre d’éoliennes nécessaires – n’a pas de lobby puissant : même si des milliers d’artisans et d’entreprises du bâtiment auraient intérêt à une politique volontariste d’économies d’énergies, ils n’ont pas su former un groupe de pression capable de faire entendre ce son de cloche.

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Notes :

(1) http://www.legrenelle-environnement...

(2) http://www.developpement-durable.go..., p. 44.

(3) http://unfccc.meta-fusion.com/kongr...




Source : Cet article a été publié dans Le Monde du 4 mai 2010, dans une version raccourcie.

Lire aussi : La justice ordonne la destruction de quatre éoliennes http://www.reporterre.net/spip.php?...

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