Et pendant ce temps, au Honduras

Durée de lecture : 6 minutes

7 juillet 2009 / Un voyageur

Un coup d’Etat au Honduras ? Ca donne quoi, au quotidien ?

Me voila hors de la capitale, et bientot hors du Honduras (direction Salvador).

Apres la journee d’hier je n’en suis pas mecontent. Non qu’il y ait un danger, les zones de protestations sont tres limitees. Mais peut ètre que ca va changer aujourd’hui : il y a eu deux morts hier, abattus par la police, le couvre feu est etendu et le pouvoir ne sait plus quoi faire.

La situation d’hier etait significative : pendant une semaine, apres avoir expulse Zelaya (Mel), le gouvernement d Micheletti repetait qu’il etait pret a juger le president dechu. L’enquete avait ete menee et les chefs d’accusation rendus officiels (apres l’expusion). Un mandat d’arret international avait ete delivre. Le gouvernement avait dit qu’il arreterait Mel a son retour.

Et lorsque celui ci se presente au dessus de l’aeroport et tente d’aterrir (avant cela, les affrontements avec la police avaient deja commences et au moment ou il y a eu des morts, les chaines de tele ont ete coupees pendant plus d’une heure, remplacees par un programme obligatoire : une conference de presse de Micheletti et son ministre des affaires etrangeres).

Donc au moment ou l’avion tente d’aterrir, les militaires postent des camions et autres jeep sur la piste : l’aterrissage est impossible. Mel ne sera pas arrete.

Il faut dire que dans une telle situation, on ne sait pas comment aurait reagi la foule (au moins plusieurs dizaine de miliers de personnes). Le gouvernement est donc dans l’incapacite de suivre son propre discours.

Autre chose interessant, aux premiers jours les entrepreneurs du pays ont clairement soutenu Micheletti. Il yavait meme des declaration du type : « mieux vaut des sanction economiques qu’une dictarure a la Chavez ». Hier un petit groupe d’entrepreneurs est parti pour les Eetats-Unis chercher une sortie a la crise qui commence a les toucher.

Et le plus important : lesa tteintes aux droits, plusieurs journaux, tele et radios font etat de pressions du pouvoir pour limiter leur diffusion, controler leur discours.

Rigoberta Menchu s’est rendu dans le pays et tire un bilan accablant de la situation : arrestations arbitraires, intimidation.

Un dernier mot des conditions dans lesquelles le parlement a vote la destitution de Zelaya a l’unanimite : plusieurs depute refractaires avaient ete arretes a ce moment la.

Aujourd’hui rien n’annonce une sortie de crise prochaine.

Publié à 02:55, le 7/7/2009, Honduras

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Au coeur du coup d’Etat

Ce qui est pour vous un article, deux pour les plus acharnés, maximum par jour en France, est pour moi du 24/24, télés, journeaux, radio, dans la rue, sur les mur... Ca en devient meme fatiguant - presque physiquement. Du coup je comprends mieux comment des situations qu’on a l’habitude de voir comme relativement simples sont en fait pleines de details qu’on ne soupconne même pas.

La premiere chose qui m’a frappé c’est la tres forte presence militaire et policière, mais elle semble diminuer par rapport aux premiers jours. Cela dit je n’ai pas vu les lieux de manifs, or il y a eu des coup de feu, beaucoup de blessés.
Une chose est sûre, les autorités ne sont pas zens. Les helicoptères n’arretent pas de sillonner le ciel de la ville (pour mettre la pression ? reperer les rassemblements ?) et le couvre feu, même s’il a été legerement réduit, a été prolongé jusqu’a samedi : impossible de sortir entre 22h et 5h. Résultat beaucoup d’arrestations la nuit.
Ils commencent à modifier les conditions de garde à vue (plus longue, pas de justification...) de faciliter l’entrée des flic chez les gens.

Mais dans l’ensemble l’ambiance est calme et la vie continue même si on entend de temps en temps des « golpistas ! » (« putchistes ! ») ou « Viva Mel ! ». D’autres soutiennent le nouveau gouvernement mais ne se manifestent pas particulièrement, en dehors des grands rassemblement organisés par le gouvernement, notamment pour faire pression sur la communauté internationnale. Je ne me risquerai pas à évaluer lesquels sont les plus nombreux, d’autant que ca doit etre tres différent d’une région à l’autre.

La deuxième chose qui me frappe le plus c’est le traitement médiatique et l’acces à l’information. Le matin du coup d’état, l’électricité avait été coupé dans la ville puis un bon nombre de chaines étaient innaccessibles (CNN, TV5 Monde, chaines pro Zelaya...) d’autres étaient brusquement coupées lorsqu’elles abordaient le sujet ou parlaient de « coup d’Etat ». Elles sont revenues peu a peu, pour les locales, le ton avait changé et était beaucoup plus conciliantes avec le nouveau pouvoir, TV5 ensuite : personne ne parle francais, puis CNN en anglais, puis en drenier, CNN en espagnol.

Les autres chaines (la majorité) sont hallucinantes : éditoriaux sans fin sur le respect de la constitution, les delits de Mel, la légitimité de Michelleti... grand débats (où tous sont d’accord, où les membres des partis - tous d’accord avec le nouveau gouvernement - sont étiquetés « analystes politiques », où défilent des questions du type « etes vous en faveur de manifestations en faveur de la paix et de la démocratie ? » pour évoquer les rassemblement de soutien au nouveau gouvernement. Interview des membres du gouvernement s’epoumonnant en répétant « état de droit », « democratie » et « constitution »... C’est une caricature

C’est le plus surprenant dans tous ca : les deux cotés se reclament de la Constitution. Les putchistes ont voulu donné une apparence legale au coup d’Etat. Mais on peut dire qu’ils sont plutot maladroits : Mel est scencé avoir signé une demission de 28 juin, jour du coup d’Etat mais la dimission est datée du 25... Le parlement a ensuite vote sa destitution et élu Michelleti, comme president par interim, mais le tout, à main levé, à l’unanimité et en moins de 20 minutes. Il semble qu’a ce moment là le seul député d’un petit parti de gauche n’était pas present, il est aujourd’hui à l’hopital blessé par balle...

Ils disent que ce n’était pas programmé mais Michelleti avait un discours de 5 pages tout pret. D’ailleurs la deuxieme phrase était « Ce n’est pas un coup d’Etat, tout est légal, dans le respect de la constitution. » Depuis la réponse à toute question est celle ci.

Face aux pays qui refusent de les reconnaitre ils repondent qu’ils les feront changé d’avis, point. Pourquoi Mel n’a pas été emmené en jugement et a été expulsé à la place ? pas de réponse. Une commission pour lister ses crimes avait été mise en place quelques jours auparavant, le rapport était pret le jour du coup d’Etat et hier sont tombé les 18 chefs d’accusation dont il fait finallement l’objet. Il faudrait retrouver cette liste, beaucoup sont pour le moins saugrenus. On a retrouver 60 millons de lempiras en liquide dans sont bureau, avec peut etre de la drogue dessus.

Il y aurait beaucoup a dire encore. Mais attention tout ceci ne sont que ce que j’ai pu glaner ici ou là, et avec quelques mauvaises compréhensions peut etre parfois. En tous cas on ne voit pas du tout comment ca va finir, car malgré tout meme s’il revient, Mel a une bonne partie des instutitutions et de la population contre lui...

Publié à 05:26, le 3/7/2009, Tegucigalpa


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