Eva Joly ne laissera pas la place à Nicolas Hulot

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30 décembre 2010 / Dominique de Montvalon (France Soir)


Née à Oslo il y a 67 ans, l’ex-magistrate Eva Joly – qui a la double nationalité française et norvégienne – est pressentie pour porter en 2012 les couleurs d’Europe Ecologie-Les Verts.

Son coach ? Daniel Cohn-Bendit en personne, convaincu que la députée européenne peut demain marier l’écologie, la finance et… la morale, et faire franchir un palier de plus au mouvement des Verts, qui aspire à prendre un jour la relève de socialistes épuisés.

Seulement voilà : comme Eva Joly est une fraîche convertie et qu’elle a fait jusqu’ici des débuts médiatiques tâtonnants, les écolos, qui sont des gens cruels, en sont déjà à se demander comment « débarquer Eva », et qui mettre à sa place. Là, au portillon, on se bouscule.

Ces jours-ci, la star, c’est Nicolas Hulot, qui vient de faire une entrée en boulet de canon dans le baromètre mensuel Ifop-Paris-Match en s’installant d’emblée à la première place de ce « hit » de la popularité. Alors, pourquoi pas Hulot ?

Beau raisonnement, belle erreur. Eva Joly, mine de rien, s’est prise au jeu, et il n’est pas né celui qui va prendre la place de cette fausse naïve, puncheuse, revancharde et rouée.

Elle est décidée à être candidate et, si elle a dîné samedi soir avec Nicolas Hulot, ce n’est pas pour lui dire : « Passez donc, camarade, je m’efface. » Mais bien le contraire. « En Norvège, dit-elle à l’intention de ceux qui lui demandent de présenter ses brevets verts, l’écologie fait partie, à la naissance, de notre culture. Désolée, j’étais écolo avant l’heure… »

Le personnage est étonnant autant que détonnant. Eva Joly admet qu’elle n’a croisé jusqu’ici les dirigeants PS que « fortuitement », et les décrit comme ayant plutôt « continué le système » que changé la vie.

Elle « se réjouit » que Jacques Chirac ait bientôt des comptes à rendre devant la justice, même s’il sera bien de tenir compte de son « grand âge ». Elle assure qu’on peut parfaitement « vivre sans le nucléaire ». Nucléaire dont elle voudrait d’ailleurs connaître le « coût réel » : il faudra « l’exiger ».

Elle souhaite l’instauration d’un « revenu maximal » (qui pourrait être de l’ordre de 500.000 € par an). Elle pourfend Brice Hortefeux qui, dit-elle, n’hésite pas à défendre des policiers qui ont fabriqué de fausses preuves pour faire condamner « des innocents » alors qu’ils risquaient, en réalité, la cour d’assises. Elle s’étonne qu’on puisse prétendre, y compris à gauche, que la croissance va « fabriquer des emplois » : « Nous, nous allons soutenir la décroissance des choses néfastes… »

Elle assure qu’elle souhaite la victoire de « la gauche » en 2012, mais juge que le clivage gauche/droite est, à bien des égards, caduc. Elle estime que le non-respect des « règles démocratiques » est, en France, « paroxystique ».

Dans son élan, citant « Dany », elle s’interroge à haute voix : « Comment réconcilier ceux qui ont peur des fins de mois et ceux qui ont peur de la fin du monde ? »

En attendant de trouver la réponse, elle admet que sa précampagne n’a pas été jusqu’ici « très professionnelle », et affirme qu’en janvier cela va changer. Avec, notamment, un site Web que va diriger un Ivoirien, ancien collaborateur d’Obama et époux d’une… Norvégienne. Puis, remettant son manteau, Eva Joly s’agace : « Ce matin, je me suis trompée de lunettes. Je voulais les vertes. Ces rouges ne vont pas avec ma robe… »

Puis elle se retourne, et sourit : « La période où j’avançais tranquille, la bouche en cœur, croyez-moi, c’est fini ! » Voilà Hulot prévenu.



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Source : http://www.francesoir.fr/politique/...

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