Face à Trump, Bernie Sanders et les écologistes prononcent le « discours sur l’état du climat »

Durée de lecture : 4 minutes

1er février 2018 / Yona Helaoua (Reporterre)

Alors que le président Trump a prononcé son discours sur l’état de l’Union, des centaines de personnes se sont réunies autour de Bernie Sanders et de l’association 350.org pour montrer le visage d’une autre Amérique - et s’engager à lutter contre le changement climatique.

- Washington DC (États-Unis), correspondance

L’auditorium de l’université George Washington, dans la capitale américaine, était plein à craquer mercredi 31 janvier. Des centaines de personnes, principalement des étudiants, sont venues écouter un « discours sur l’état de l’Union » complètement différent de celui prononcé la veille par Donald Trump. Ce discours-là a été porté par plusieurs voix, réunies par l’association environnementale 350.org autour d’un thème commun : le lancement d’une campagne nationale de lutte contre les énergies fossiles, baptisée Fossil Free US.

Beaucoup ont été attirés par la star de la soiree, l’ex-candidat à la primaire démocrate Bernie Sanders. Il n’a pas manqué de rappeler que le président américain n’avait pas prononcé une seule fois les mots « changement climatique » lors de sa performance de mardi au Congrès. « Oui monsieur Trump, le changement climatique est réel », a martelé le socialiste de 76 ans, toujours aussi applaudi par la jeunesse. Mais Bernie Sanders n’était pas seulement là pour critiquer le chef de l’État. Il a aussi souligné les progrès en matière de lutte contre le réchauffement réalisés dans les villes et les États du pays, indépendamment du gouvernement fédéral. Selon le sénateur du Vermont, cela ne fait aucun doute : « le futur est avec nous ». Et pour pousser plus en avant cette dynamique, il n’y a qu’une solution, c’est de s’engager. « Je vous demande de vous impliquer dans le processus politique, a-t-il imploré. Présentez-vous à des mandats ! »

Tout au long de la soirée, retransmise en direct sur Internet et dans 300 « watch parties » (soirées de visionnement) à travers le pays, les militants associatifs et les artistes se sont succédé pour délivrer un message d’espoir. Ils ont ainsi relayé des exemples d’initiatives qui fonctionnent déjà ou qui sont prometteuses.

À Portland, dans l’Oregon, un chapitre local de 350.org a réussi à faire retirer des écoles les manuels qui nient le changement climatique. À Porto-Rico, une jeune femme a créé un mouvement visant à l’autonomie alimentaire de l’île ; l’ouragan Maria a dévasté son restaurant qui s’appuyait sur les fermiers locaux rejetant les produits chimiques. En Louisiane du Sud, les communautés amérindiennes se battent contre la construction d’oléoducs, suivant l’exemple des Sioux du Dakota du Nord qui ont marqué l’actualité en 2017. Dallas Goldtooth, un des leaders du camp de Standing Rock, a d’ailleurs délivré un message vidéo appelant le public à s’engager à rejoindre les Amérindiens le jour où ils en auront besoin. C’est ce qu’il a appelé la « promesse de protéger ».

BIll McKibben : « Le changement ne se fera pas depuis Washington »

« Le changement ne se fera pas depuis Washington », a confirmé Bill McKibben, le fondateur de 350.org. C’est donc un mouvement qui doit partir d’en bas, chacun agissant à son niveau. D’abord en poussant les autorités, les entreprises et les organisations locales à opérer une transition rapide vers 100 % d’énergies renouvelables. Ensuite en se battant contre tout nouveau projet d’extraction d’énergies fossiles. Enfin, en ne dépensant plus un centime pour ces énergies sales.

Le maire de New York, Bill de Blasio, qui a récemment promis que les fonds de pension de sa ville allaient se détourner des investissements dans les énergies fossiles, a lui aussi fait une apparition en vidéo pour soutenir cette nouvelle campagne. « Les groupes pétroliers pensent qu’ils vivent dans l’Amérique de Trump, a-t-il raillé. Ils se trompent : ils vivent dans votre Amérique ! »

La fin des investissements dans les énergies fossiles est une tendance de plus en plus forte. Comme l’a dit l’activiste Naomi Klein : « Il ne nous faut pas seulement surveiller le carbone. Il nous faut aussi surveiller l’argent. » 350.org estime à 6.000 milliards de dollars le montant déjà détourné des fossiles ou en voie d’être orienté vers d’autres placements.

Varshini Prakash : « Aucun politicien ne peut faire croire qu’il soutient notre avenir en continuant à accepter de l’argent des groupes pétroliers »

Varshini Prakash, créatrice du mouvement Sunrise (« Lever du soleil »), a raconté sur scène comment elle a appliqué cette logique à l’arène politique. Son association fait ainsi pression sur les candidats pour qu’ils refusent les financements de leur campagne par des groupes liés aux énergies sales. « Faisons de 2018 l’année où aucun politicien ne peut faire croire qu’il soutient notre avenir tout en continuant à accepter de l’argent des groupes pétroliers », a-t-elle plaidé. En coulisses, a-t-elle ajouté, Bernie Sanders, qui avait refusé l’argent lié aux énergies fossiles lors de sa campagne des primaires démocrates, a renouvelé son engagement et appelé ses collègues à se joindre à lui. Plus de 200 candidats aux États-Unis ont déjà signé une promesse en ce sens, selon Varshini Prakash.


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Lire aussi : New York attaque cinq pétroliers en justice pour leur responsabilité dans le changement climatique

Source : Yona Helaoua pour Reporterre

Photos : Bora Chung pour 350.org

THEMATIQUE    Climat International
15 octobre 2019
Lubrizol : des analyses rassurantes, mais insuffisantes
Enquête
15 octobre 2019
Dans l’Indre, il pleut mais la sécheresse demeure
Reportage
16 octobre 2019
L’accès à l’eau, enjeu de la guerre turque en Syrie
Tribune


Sur les mêmes thèmes       Climat International





Du même auteur       Yona Helaoua (Reporterre)