Français écolos ? Oui, si les autres le sont aussi

2 juillet 2009 / Gilles Rotillon

Des raisons par lesquelles on ne change que si tout le monde change...

Les Français seraient d’accord à 90% pour créer une nouvelle taxe pour les entreprises qui polluent, pour faire baisser leurs émissions de gaz à effet de serre (Libération du 24/10/07). Dans le même temps, ils ne sont que 44% à accepter une réduction de 10 km/h de la vitesse légale maximale autorisée sur les routes et les autoroutes et 65% à vouloir brider les moteurs pour les empêcher de dépasser les 130 km/h (ils sont donc 35% à vouloir garder la liberté de ne pas respecter la loi). C’est oublier que les émissions de gaz à effet de serre sont dues pour 50% aux ménages, autrement dit à ces mêmes Français si prompts à taxer les entreprises mais à refuser les mesures trop contraignantes pour eux-mêmes.

Ce comportement s’explique. A la fois par l’absence d’alternatives réelles à l’utilisation de la voiture individuelle et par la crainte de voir se dégrader son pouvoir d’achat. On n’est peut-être pas riche à 4 000 euros mensuels, mais plus de la moitié des Français gagnent moins de 1 300 euros mensuels. Ils ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de nouvelles taxes sans des garanties claires qu’elles ne pèseront pas sur leur niveau de vie.

Le point crucial, dont dépend vraiment l’acceptation de changements de comportements et qui se révèle à travers les réponses à ce sondage, est de savoir combien cela coûte et qui va payer. Les habitants des pays développés font comme au poker : ils payent (un peu) pour voir, d’autant plus méfiants qu’ils ont eu leur lot de désillusions dans les vingt-cinq dernières années et qu’ils sentent que leur implication sera inutile si elle ne se coordonne pas avec celle des autres.

C’est ce que montrent les enquêtes d’opinion comme celle réalisée par l’Union européenne sur les « Attitudes des citoyens européens envers l’environnement : dans la section sur l’impact des efforts individuels sur l’état de l’environnement, plus de la moitié des 85% de personnes qui avaient indiqué faire des efforts ne croient pas que ces efforts aient un impact tant que les autres ne font pas de même.

Si la lutte contre le changement climatique ne sera pas gratuite, ses coûts sont à supporter dès aujourd’hui pour peu que l’on choisisse enfin des politiques ambitieuses. Et il n’y a pas que le changement climatique ! La crise de l’eau, la perte de biodiversité, le volet social du développement durable (qui est le grand oublié du Grenelle de l’environnement), la pollution paradoxale dans les pays en développement (responsable de 1,6 millions de morts par an),…sont aussi des questions en suspens qui obligent à interroger notre mode de développement.




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L’auteur : Gilles Rotillon est professeur de sciences économiques à l’université Paris X.

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