France 2 sabote son reportage sur le gaz de schiste

Durée de lecture : 4 minutes

9 octobre 2012 / Elisabelle Bourgue (No Fracking France)



Une association se plie en quatre pour aider le reportage d’une équipe de télévision, en lui organisant voyage et interviews. Mais à l’arrivée, rien du message de l’association, qui se voit même totalement gommée, avec ses experts, du paysage.


No Fracking France a organisé fin août un voyage d’études sur le gaz de schiste au Québec. Elle a proposé à des journalistes de l’accompagner.

L’émission Complément d’Enquête du jeudi 20 septembre a en effet diffusé un reportage au rabais, scandaleusement axé sur la personnalité d’un élu de Lot et Garonne, Monsieur Raymond Girardi. Ce qui contrarie à plusieurs titres l’utilité d’avoir autorisé cette équipe de journalistes à être en immersion avec notre délégation sur notre première partie de voyage, au Québec : France 2 a accompagné la délégation française sur sa première étape au Québec mais ne s’est pas déplacée jusqu’en Pennsylvanie.

Le reportage de France 2 porte préjudice à l’ensemble de la délégation française, 20 personnes, parties en mission d’information des risques et des enjeux sanitaires et environnementaux liés aux exploitations de gaz de schiste outre atlantique. Le préjudice occasionné par ce piètre reportage est tout d’abord porté sur la délégation de 7 élus du Conseil Général du Lot-et-Garonne (47), alors en mission d’information, donc en neutralité, aucun d’eux ne devaient se positionner ou se démarquer. Nous avions reçu des consignes avant de partir.

Notre association a respecté cette volonté de neutralité des conseillers généraux et a plusieurs fois rappelé que les élus qui nous accompagnaient et s’étaient inscrits en toute indépendance au voyage souhaitaient adopter la discrétion au regard de leur mission, pour conserver de la crédibilité. Il n’était pas envisageable de n’en filmer qu’un et encore moins de témoigner aux téléspectateurs français, de la vision d’un maire qui serait parti « seul » s’informer aux États-Unis des dangers de l’exploitation du gaz de schiste.

France 2 nous a livré une belle mascarade de reportage. En sachant d’autant plus que c’est à son retour que Monsieur Girardi a été filmé chez lui sur son exploitation agricole, et non avant de partir, comme cela est montré dans le documentaire.
La journaliste de France 2, fin août, a contacté No Fracking France. Au départ pour recueillir des informations et des contacts sur le sujet du gaz de schiste.

Concernant la présence de France 2 au Québec avec notre délégation, No Fracking France a accepté de collaborer avec la journaliste de France 2, et d’emmener cette équipe de tournage sous la condition qu’elle restitue une réalité de terrain et rapporte dans son reportage le vécu des populations rencontrées, dont les témoignages précieux d’habitants lésés par l’industrie du gaz de schiste au Québec, dont les conférences scientifiques de qualité qui constituaient la thématique de ce déplacement outre atlantique.

L’équipe journalistique de France 2, omniprésente sur les différentes rencontres et sur les différents sites visités, n’a rien retransmis de ce qu’elle a pourtant filmé en intégralité.

La journaliste de France 2 n’a pas respecté ses engagements de départ.
Nous ressentons une grande injustice au regard de la pertinence d’informations qu’auraient pu recevoir les téléspectateurs français sur ce sujet tant controversé de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, et sur la problématique de la fracturation.

André Picot, chimiste, directeur de recherche au CNRS, président de l’ATC, (auteur du Rapport toxicologie-chimie lié aux exploitations d’hydrocarbures de roche mère), Séverin Pistre, hydrogéologue, co-auteur d’un rapport de l’Université Hydrosciences sur les risques géologiques liés aux exploitations de gaz de schiste, Alain Ducroux, médecin, chirurgien hospitalier, se sont exprimés face à la caméra de France 2 avec des arguments scientifiques implacables et fondés qui confondent les lacunes de cette industrie du gaz de schiste.

Nous sommes atterrés que cela n’ait pas été diffusé !

No Fracking France a laissé France 2 aux avant-postes des interviews, aux avant-postes des rencontres, aux avant-postes des sites visités, se privant parfois du bénéfice des échanges pour laisser place à la caméra et à la prise de son.

Le fait d’avoir « perturbé » le bon déroulé de la mission de cette délégation française, de citoyens, d’élus et de scientifiques, en se positionnant sur le devant de chacune de nos prises d’informations et pour finir par ne rien retransmettre aux téléspectateurs français suscite chez nous la plus grande incompréhensio. N’avoir pas cité dans le reportage les scientifiques présents, les élus présents, les citoyens présents et l’association No Fracking France organisatrice de ce déplacement relève d’une regrettable malhonnêteté intellectuelle.

Il ne fait aucun doute pour les participants que l’intention est volontaire de la part de la rédaction de France 2 de ne pas avoir expliqué la démarche d’objectivité de cette délégation française en mission scientifique indépendante et de ne pas avoir cité le nom de l’association initiatrice. Ce ne peut être un oubli !






Source : Courriel à Reporterre

Elisabelle Bourgue est porte-parole de la communication de No Fracking France

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