Fuites de tritium au Tricastin, EDF poursuivi

Durée de lecture : 4 minutes

19 décembre 2013 / Réseau Sortir du nucléaire et Sortir du nucléaire Drôme-Ardèche



La centrale du Tricastin est une des plus dangereuses de France, comme l’a récemment montré Reporterre. EDF ne parvient pas à y contrôler les fuites de tritium. Des collectifs antinucléaires portent l’affaire en justice.


Ce jeudi 19 décembre 2013, le Réseau "Sortir du nucléaire", soutenu par l’association "Sortir Du Nucléaire Drôme-Ardèche", vient de déposer une plainte contre EDF au sujet de la fuite de tritium en cours depuis plusieurs mois sur le site du Tricastin. Cette fuite s’ajoute à la liste interminable des incidents et pollutions survenus dans cette centrale et sur le gigantesque complexe atomique du Tricastin. Pour la sécurité des populations et des travailleurs, l’arrêt immédiat des réacteurs et du site s’impose !

Une fuite de tritium négligée par EDF

Le 8 juillet 2013, EDF a détecté une fuite de tritium dans les eaux souterraines de la centrale du Tricastin. Symptomatique d’un problème de sûreté, cette fuite aurait dû appeler une réponse immédiate. Pourtant, ce n’est que le 6 août, presque un mois après, qu’elle a été déclarée à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Malgré un premier constat, puis une décision de l’ASN sommant EDF de procéder à une surveillance renforcée des eaux souterraines et de déterminer les équipements à l’origine de la fuite, l’exploitant a minimisé le problème : il lui a fallu plus de cinq mois pour déterminer qu’un joint défectueux serait potentiellement responsable de la pollution. Alors même que les eaux sous la centrale témoignent d’une présence anormale de tritium, largement supérieure à la norme autorisée, EDF continue de parler d’une « légère infiltration » [1] !

Pourtant, le tritium est une substance radioactive et dangereuse, qui provoque des dommages à l’ADN. Très volatil, difficilement détectable, il se mélange facilement à l’eau. Seuls des procédés extrêmement coûteux – et utilisables uniquement en laboratoire - permettraient de le filtrer. Il y a là une vraie menace pour la santé des riverains et des travailleurs de la centrale, d’autant que l’eau tritiée pompée dans les eaux souterraines est rejetée ensuite dans un canal par EDF !

Face à ce risque inacceptable et à l’impardonnable inaction de l’exploitant, le Réseau "Sortir du nucléaire", avec le soutien de l’association "Sortir Du Nucléaire Drôme-Ardèche", porte plainte contre EDF pour pollution des eaux, retard dans la déclaration d’incident et pour cinq violations à la réglementation technique relative aux installations nucléaires de base.

Tricastin, un site et des réacteurs à fermer immédiatement !

Cette fuite s’ajoute aux nombreux incidents et dysfonctionnements qui frappent la centrale depuis des mois : incidents électriques spectaculaires, engorgement du réacteur n° 2 par des boues [2]… Avant qu’un problème plus grave ne survienne, il est grand temps d’arrêter ces réacteurs vieillissants, qui ont largement dépassé les 30 ans de fonctionnement pour lesquels ils ont été conçus et dont les cuves présentent déjà d’inquiétantes fissures.

Le site nucléaire sur lequel est implantée la centrale, un des plus gros complexes atomiques d’Europe, collectionne aussi les problèmes de sûreté. Échantillon de ces derniers mois : rupture d’une tuyauterie à l’usine Areva NC Pierrelatte, laissant s’échapper de la poudre d’uranium appauvri sur le sol [3] ; déversement de 30 kilos de matières uranifère à Areva Socatri suite au basculement d’un fût [4] ; violation des procédures d’utilisation du dangereux gaz trifluorure de chlore lors du rinçage des canalisations de l’ancienne usine d’enrichissement Georges Besse [5]… Il est inacceptable que les pouvoirs publics laissent cette liste s’allonger, au mépris de la santé et de la sécurité des riverains et des travailleurs du site !

L’arrêt immédiat des réacteurs du Tricastin et de l’ensemble du site s’impose, avant que ne survienne un accident grave.

Dossier juridique complet et texte de la plainte.

Notes :

[1] Légère infiltration

[2] Engorgement par les boues

[3] Poudre d’uranium appauvri

[4] Déversement de matières

[5] Rinçage des canalisations





Source : Réseau Sortir du nucléaire.

Photo : Radioscoop.

Lire la grande enquête de Reporterre sur Le dossier Tricastin.

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