Gaz : les grandes manoeuvres ont commencé

Durée de lecture : 3 minutes

25 mars 2010 / Sylvie Barbier



Le gaz apparait de plus en plus à l’Union européenne comme la clé magique permettant de desserrer le goulet énergétique. En minorant au passage les problèmes environnementaux.


De nombreux indices laissent penser que de grandes manoeuvres sont en cours pour amener l’Europe à recourir massivement au gaz, en le présentant comme « énergie propre », en particulier pour la production d’électricité « de pointe » (présentée comme devant accompagner nécessairement le développement des énergies renouvelables intermittentes), avec comme arguments économiques le faible prix « spot » actuel ainsi que le meilleur rendement, le moindre coût et la plus grande rapidité de construction des centrales CCG.

La Commission européenne doit en principe présenter en juin un rapport et des propositions pour une politique énergétique commune de l’UE et le lobbying fait rage. Les investisseurs susceptibles de s’intéresser aux possibilités offertes par le gaz se placent en attente du fait des incertitudes actuelles, d’où la suspension d’un certain nombre de projets ; mais si la Commission donne de sérieux indices d’un infléchissement vers un fort recours au gaz en Europe, je crains que ce soit la ruée, d’autant qu’une autre innovation technique est susceptible d’introduire de grands changements dans le transport maritime du gaz et l’exploitation de gisements estimés non rentables jusqu’ici.

En effet, nous avons pu recueillir des informations dans ce sens en participant aux journées « Ports et Environnement » où, entre autres intervenants de divers pays, nous avons pu entendre le représentant de l’OMI (Organisation Maritime Internationale, dépendant de l’ONU) faire en passant état de préoccupations nouvelles, ayant trait en particulier au gaz. J’ai essayé d’en savoir plus en lui posant hors séances diverses questions, mais il apparaît que les éléments dont il dispose sont assez lacunaires. Voici ce que j’ai pu apprendre, en partie de cette personne, en partie après une pêche aux infos (peu fructueuse) sur Internet : l’OMI est sollicitée pour étudier les problèmes posés par la conversion au gaz naturel de la propulsion de la plupart des navires, d’une part, et pour élaborer une réglementation (à l’horizon 2012) concernant le transport du méthane sous forme d’hydrates, d’autre part. Simultanément, à terre, les études de conversion au gaz naturel d’une bonne part du parc roulant avancent rapidement, contribuant à offrir des perspectives d’extension des utilisations du gaz.

Concernant le recours aux hydrates de méthane : il ne s’agit pas prioritairement d’exploiter de façon massive les gisements connus (même si des stations pilotes assez avancées commencent à fonctionner), il s’agit d’une conversion du transport maritime du méthane consistant à passer du GNL à une formule plus souple, moins coûteuse et moins dangereuse, permettant d’exploiter de petits gisements jusqu’ici délaissés, et combinable avec le transport du CO2 en retour (réinjecté dans les gisements) ; pour le moment, plusieurs procédés de transformation en hydrates du méthane extrait sous forme gazeuse tiennent la corde, avec semble-t-il, en tête et concurrents, Mitsui et Mitsubishi ; des unités pilotes fonctionnent ; c’est Mitsubishi qui a demandé à l’OMI d’élaborer une réglementation pour 2012 au plus tard ; un certain nombre de constructions de méthaniers, suspendues à cause de la crise, seraient reprises en les adaptant à cette nouvelle technologie et une étude de modifications modulaires vise à exploiter simultanément (avec les mêmes navires) le marché naissant du transport maritime de CO2 capté sur les installations industrielles (marché pour lequel une chaire industrielle « Captage, transport et stockage du CO2 » se crée au Havre, avec l’École des Mines).

Bref, tout cela incite à penser qu’on s’apprête à recourir encore plus aux énergies fossiles, dûment « verdies » à l’occasion, avec le danger supplémentaire de l’intense effet de serre du méthane, largement méconnu, quand il n’est pas nié implicitement par tous ceux qui présentent le gaz comme une « énergie propre ».






Source : Courriel à Reporterre.

L’auteur : Sylvie Barbier est vice-présidente de l’association Ecologie pour Le Havre.

Lire aussi : Le casse-tête gazier http://www.reporterre.net/spip.php?...

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