George Poitras, leader indien : « Les sables bitumineux ont un impact écologique gargantuesque »

Durée de lecture : 4 minutes

25 novembre 2013 / Reporterre



De passage à Paris, George Poitras, porte-parole des Cree de l’Alberta, tente d’alerter les Européens sur le drame des sables bitumineux : la production de pétrole qu’ils permettent a un impact environnemental énorme, et le gouvernement du Canada veut encore l’augmenter.


George Poitras est un indien Mikisew Cree, dont la communauté vit depuis toujours en Alberta, province du Canada où sont exploités les sables bitumineux. Précisément, les Mikisew Cree habitent le long de l’Athabasca, la rivère qui coule vers le nord, et où est établi, en amont de leurs villages, Fort McMurray, l’épicentre de l’exploitation des sables bitumineux. On tire de ceux-ci du pétrole à un coût environnemental énorme, notamment en pollution d’eau. Leur exploitation a considérablement augmenté depuis le début des années 2000, avec la hausse du prix du baril de pétrole, qui l’a rendue rentable.

Il y a quelques semaines, George Poitras était de passage à Paris, et Reporterre l’a rencontré.

Reporterre - Comment la situation a-t-elle évolué sur le terrain depuis quelques années ?

George Poitras : Les gouvernements du Canada et de la province d’Alberta ont affaibli toutes les sortes de protection réglementaires qui pouvaient exister, menant une politique plus accommodantes pour les compagnies. Il y a moins de possibilité d’être consulté, d’intervenir, de façon formelle ou durant des auditions publiques. En décembre dernier, le gouvernement de Steve Harper [le premier ministre du Canada] a adopté une nouvelle législation, la « Bill C 45 » [loi n° C 45], qui facilite et accélère la procédure d’autorisation d’exploiter pour les compagnies. Cela signifie moins de possibilités pour nous d’intervenir, et que les droits qui nous avaient été reconnus constitutionnellement ne sont pas pris en compte avec cette nouvelle législation.
Toute loi ou réglementation devrait être respectueuse de ces droits reconnus par la Constitution. Et ne devrait pas affecter nos possibilités de chasser et de pêcher. C’est pourquoi le peuple Cree des premières nations a engagé une procédure juridique contre cette loi C 45 du gouvernement Harper. Les conséquences n’en sont pas seulement sur nos droits, mais sur l’environnement, l’eau, la terre, les oiseaux, la santé des animaux. Quelqu’un a dit que ce que fait le Canada est digne d’un pétro-Etat : selon moi, c’est exactement ça, un Etat où le citoyen n’a plus de droit.

Y a-t-il eu des progrès en matière de respect de l’environnement ?

Non. La production augmente, et les impacts sur l’environnement aussi. Le gouvernement ne les a pas contrôlé efficacement ni mis en place de mesures pour les atténuer. Les compagnies ont financé des programmes de surveillance, qui ont toujours conclu qu’il n’y avait pas d’impact sur la qualité de l’eau, la santé des poissons ou l’environnement en général. Mais un scientifique très respecté au Canada, David Schindler, a publié en 2010 une étude dans la prestigieuse revue de l’Acadamie des sciences des Etats-Unis, qui a montré que la contaminiation de la neige, de la végétation, de l’eau et des poissons avait fortement augmenté du fait de la production de pétrole, alors que le gouvernement disait que c’était un phénomène naturel.

- Fort Chipewyan, où vit la communauté Mikisew Cree de l’Alberta -

Pourquoi la lutte autour des sables bitumineux s’est-elle concentrée autour du projet d’oléoduc Keystone XL, qui acheminerait le pétrole de l’Alberta vers le Texas ?

Parce que cet oléoduc permettrait une expansion importante de la production de pétrole. En quarante ans d’exploitation, seulement 5 % du potentiel des sables bitumineux de l’Alberta a été extrait. Et cela a déjà crée cette empreinte écologique gargantuesque. Aujourd’hui, la production est de 2,5 millions de barils par jour. Si Keystone est approuvé, cela permettra 3,6 millions barils par jour en plus. Cela aurait des effets environnementaux énormes. Et pour nous, petite communauté de trois mille personnes qui vivons en aval de la région de production, c’est un bouleversement de notre monde. Et c’est pour ça que la discussion en Europe autour de la directive sur la qualité des carburants est si importante.

Avez-vous un soutien au Canada ?

Oui, mais pas suffisant pour changer la politique du gouvernement Harper.

- Propos recueillis par Hervé Kempf





Source : Hervé Kempf pour Reporterre.

Photos :
. George Poitras : Reporterre
. Fort Chipewyan : myMcMurray.com.

Ecouter aussi : Les paroles de George Poitras, extrait.


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