Grève générale au Pays Basque le 21 mai

Durée de lecture : 4 minutes

18 mai 2009 / Fondation Manu Robles-Arangiz



Plein de choses à apprendre de ce surprenant Pays Basque : une grève (probablement) largement suivie, des syndicats puissants et radicaux, des revendications carrées...

Une grève générale a été convoquée par la majorité syndicale du Pays Basque sud (Pays Basque d’Espagne) pour le jeudi 21 mai 2009.

Elle a pour objectif de faire face au chantage du patronat qui veut profiter de la crise pour fragiliser encore plus les conditions de travail, et en faire payer le coût aux salariés, alors même qu’il s’est accaparé la plus grande partie des fruits de 15 ans de croissance ininterrompue.

La grève générale du 21 mai a également pour objectif d’exiger un changement radical des politiques publiques, tant des institutions de la Communauté Autonome du Pays Basque et de celle de la Navarre que du gouvernement espagnol, profondément injustes et néo-libérales.

Elle entend être une manifestation de solidarité avec les travailleurs(ses) déjà en lutte -et pour beaucoup en grève- pour défendre leur emploi et leurs conditions de travail. La grève générale veut également dénoncer la situation des travailleurs(ses) envoyés au chômage, résultat d’une destruction de l’emploi égale au double de la moyenne européenne !

Une grève générale qui s’annonce particulièrement dure :

De Bilbao à Pampelune, la grève générale s’annonce particulièrement déterminée, avec des piquets de grève convoqués partout dès les premières heures du matin, et d’innombrables manifestations tout au long de la matinée et de l’après-midi. L’impact énorme de la crise dans l’Etat espagnol et le Pays Basque, l’augmentation ininterrompue du chômage dans un pays où l’emploi était très fortement précarisé (grande proportion de contrats temporaires) a créé un climat social des plus tendus.

Cette grève générale sera le fait d’un syndicalisme basque revendicatif et très critique envers les modèles du prétendu dialogue social, qui en fait embourbent les organisations syndicales dans la co-gestion des politiques néo-libérales des institutions et du patronat espagnol. 30 % des salariés du Pays Basque sont syndiqués contre 15 % dans le reste de l’Etat espagnol, cette différence étant des plus significatives.

Ce syndicalisme basque tranche avec beaucoup des évolutions habituellement constatées en France : il voit ses effectifs en constante progression, est fortement implanté dans le secteur privé, particulièrement jeune et féminisé. Il y a une vraie dynamique qui est à contre-courant des tendances subies dans une bonne partie de l’Europe.

ELA, un syndicat atypique :

Parmi les organisations qui ont convoqué cette grève générale, il y a le syndicat ELA, majoritaire au Pays Basque sud avec plus de 36 % des voix aux élections syndicales (plus de 40 % des voix dans la Communauté Autonome Basque). Il est fort de 110 000 adhérents ( soit 10 % des salariés du Pays Basque sud à lui tout seul, la population active étant d’un million de salariés sur une population totale de 2,7 millions d’habitants) qui l’autofinancent à 86 % par leurs cotisations mensuelles. Il se veut ainsi farouchement indépendant non seulement de tout parti politique mais également des pouvoirs publics.

C’est un syndicat particulièrement revendicatif, qui a une puissante caisse de grève alimentée par 25 % des cotisations de ses membres. Les grèves animées par ELA durent ainsi très souvent plusieurs mois d’affilée, comme c’est le cas en ce moment même dans de nombreuses entreprises du Pays Basque (l’une d’entre elles se déroulant actuellement dans l’entreprise Ariznavarra a même d’ores et déjà dépassé une année de durée ininterrompue, voir photo des grévistes ci-joint).

Les effectifs d’ELA, en hausse constante depuis plus de 20 ans, sont marqués par un rajeunissement notable et une forte féminisation.

ELA fait partie de la CES (Confédération Européenne des Syndicats) et de la CSI (Confédération Syndicale Internationale) et est partie prenante des Forums Sociaux Mondial et Européen depuis les tout débuts.

La revue Chronique Internationale de l’IRES (L’Institut de Recherches Economiques et Sociales, créé en 1982 par l’ensemble des organisations représentatives françaises) vient de consacrer un long article à ce syndicat décidément atypique en Europe (voir n° de mars 2009 à http://www.ires-fr.org/-Chronique-I...).





Source : Fondation Manu Robles-Arangiz, 20 rue des Cordeliers, 64100 Bayonne. Tel : 05 59 25 65 52

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