Haiti. De l’aide ? Oui ! La dépendance ? Non !

Durée de lecture : 3 minutes

16 janvier 2010 / Tony Rebecchi




Je suis encore profondément choqué par ce que j’ai vu, entendu, et ressenti. Les monuments emblématiques de l’État haïtien sont en miettes. La ville a été détruite. Ne reste de Port-au-Prince, la capitale du pays, que des gravas. Les secousses du tremblement de terre [du 12 janvier] ont été ressenties dans tous le pays, jusqu’à Jérémie au sud-ouest et au Cap-Haïtien au nord. Jacmel est au trois-quarts détruite.

Le pays connaît la misère et les catastrophes, les cyclones dévastateurs sont des phénomènes réguliers. Mais depuis son indépendance (1804), le pays n’avait pas connu un tel événement. La ville, construite sur une faille sismique connue, avait déjà été complètement détruite en 1751 et 1771 ; mais le scénario, bien que prévu |1|, est un vrai drame catastrophique.

Chacun pleure ses morts, ses pertes matérielles. Au-delà d’une panique généralisée, nous sommes dans un deuil national.

Haïti est à terre, crie à l’aide, tend la main vers qui voudra bien la relever. La Terre de Hautes Montagnes |2| est au plus bas.

Le Président Obama a annoncé rapidement l’envoi de secours. L’ex-Président Clinton a légitimé l’intervention en clamant sur CNN, entre autres, que les Haïtiens n’ont jamais rien fait pour eux. Meilleure occasion ne pouvait être rêvée pour écarter de l’île les socialistes cubains et vénézuéliens qui fournissent en temps normaux médecins et pétrole avec facilité et tendent à contrebalancer la puissance étatsunienne.

La cathédrale de pierre est tombée mais la foi demeure ; la maison blanche haïtienne s’est écrasée mais la réalité rappelle à l’ordre. Elle est partout, nul ne peut y échapper.

Certains voient la catastrophe comme un malheureux mais simple phénomène naturel, d’autres comme une punition divine, quelques-uns comme la chance pour le pays de repartir à zéro.

Dans un pays qui reste un territoire sous hégémonie américaine depuis l’invasion de 1914 |3|, une colonie à l’emplacement géostratégique indéniable [face à Cuba] entrant dans la doctrine Monroe, il serait une bonne chose que de profiter de la situation pour libérer le pays de ses entraves impérialistes. Mais qui le fera ? A qui revient-il d’endosser ce rôle ? Au gouvernement marionnette dirigé depuis Washington, D.C. ? Au Président Sarkozy, soutenu par ses parlementaires partisans de la doctrine des bienfaits du colonialisme |4|, qui ressort son discours opportuniste et malhonnête déjà utilisé en mars 2007 en Guadeloupe d’une conférence internationale sur la reconstruction sponsorisée par Bouygues et Veolia ? Ou au peuple, aux vrais Haïtiens ?

Tout le monde est en deuil mais il faut garder la tête froide, il est sûr que ceux qui reconstruiront le pays y assoiront solidement leurs intérêts. Il faut dès lors espérer que « L’Union fait la Force » |5| résonnera dans le cœur de tous les compatriotes et permettra de transformer une catastrophe en bienfait.

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Notes

|1| cf. les propos du géologue Patrick Charles publiés dans le journal Le Matin le 25 septembre 2008 : http://www.reporterre.net/spip.php?...

|2| Traduction littérale du mot taïnos (peuple indigène anéanti) Ayiti, ayant donné son nom au pays

|3| Essai sur l’histoire économique d’Haïti de 1491 à nos jours, T. Rebecchi

|4| Colonie française pendant deux siècles, l’économie de l’île a fait la richesse de la France.

|5| La devise du pays.






Source : http://www.cadtm.org/Haiti-De-l-aid...

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