Il a abandonné le labour et ses terres s’en portent très bien

Durée de lecture : 4 minutes

29 janvier 2014 / Campagnes solidaires

Christophe Cassoulong élève des vaches et cultive des céréales à Lalonquette, dans le Béarn. Il a abandonné le labour il y a cinq ans. Pour lui, les vers de terre valent davantage que l’acier pour guérir les terres abîmées par la monoculture. Rencontre.


Peux-tu nous présenter ton exploitation ?

J’élève soixante vaches mères Blondes d’Aquitaine sur soixante-sept hectares, les deux tiers en prairies, le reste cultivé en maïs, méteil, soja, millet, moha et trèfle, luzerne, avoine, orge. Le méteil est un mélange de céréales, blé et seigle, et le moha est une graminée à croissance estivale rapide. Un tiers des parcelles sont sur un très bon sol : des terres noires à 3,5 % de matière organique. Les deux tiers restant sont plus difficiles : argiles et limons durs, parcelles à galets de bas de vallée, pente de coteaux (en prairies). Sur mon exploitation, j’ai abandonné la charrue en 2009 pour passer au semis direct sans transition.

Qu’est-ce qui t’a conduit à ce changement, assez brutal ?

J’ai abandonné le labour d’une année sur l’autre, mais j’ai ruminé pendant trois ans avant de me lancer. Je constatais que mon sol se déstructurait. J’ai commencé par observer le comportement du maïs semé sur une vieille prairie et dans un sol labouré. Les résultats étaient meilleurs sur l’ancienne prairie.

L’année suivante, j’ai testé le semis direct à la main dans une autre prairie et les résultats m’ont surpris. J’ai rencontré des éleveurs qui pratiquaient le semis direct depuis des années, visité une plateforme d’essai qui comparait différents itinéraires techniques, rencontré un spécialiste des techniques culturales simplifiées (TCS). Et j’ai sauté le pas.

La réussite est-elle optimale dès la première année ?

Non. J’ai fait des erreurs, bien sûr, et perfectionné la technique d’année en année. Il ne faut pas se lancer si on n’est pas convaincu : ce n’est pas simplement changer d’outils, mais changer un ensemble de techniques (pas de travail du sol, mais couverture permanente, apports organiques, chaulage, rotations, veiller au poids des engins aussi). Pour moi, c’est le sol avant tout : il faut le nourrir en permanence, donner de la nourriture en surface et se rapprocher au maximum de la couverture permanente. Je crois à cette technique et les rendements sont là !

Il faut d’abord essayer sur les bonnes terres : on ne teste pas une nouvelle technique sur un sol fatigué qui, quoi que l’on fasse, donnera des mauvais résultats. En cas d’échec, on accusera la technique testés, alors que c’est avant tout le sol et les techniques passées qui sont en cause.

Les problèmes de semelles de labour et de compactage mettent plusieurs années à se résoudre, il faut un travail mécanique (fissuration ou décompactage) pour réparer le sol en profondeur au démarrage.

Par exemple, sur une parcelle reprise en 2008, le sol était fatigué après 30 ans de labour en monoculture de maïs, sans apport organiques ni de chaux. La parcelle n’était pas prête pour le semis direct, mais j’ai tenté le coup. Après un blé en 2009, j’ai semé un couvert avoine-féverole, resté en place neuf mois, puis un maïs en 2011. C’était pas mirobolant, mais en trois ans de semis direct, j’ai réussi à améliorer le fonctionnement du sol. Quand elle sera en état, j’attends beaucoup de cette parcelle, un petit bijou à long terme.

Le semis direct, c’est donc un changement global de la façon de cultiver ?

-Semis direct sur mulch -

Tout doit être anticipé, on doit avoir un an minimum de projection. Avant d’implanter un maïs, je dois pouvoir semer un bon couvert qui nourrira mon sol tout l’hiver, et pour cela je dois obligatoirement avoir mon sol libre tôt à l’automne. Ainsi, j’ai réduit mes indices maïs pour réussir mes couverts. Il faut pouvoir semer maximum le 15 octobre.

Les couverts sont la clés de la réussite. J’expérimente plusieurs types de rotations pour casser la monoculture, et le semis direct m’offre des opportunités. Je sème par exemple un maïs ou un soja en dérobe, ou encore un sorgho ou un moha le jour même de la récolte de mon méteil.

As-tu revu les traitements des cultures ?

Avec le semis direct, on a plus de limace les premières années. Le couvert leur assure abri et nourriture. Je surveille en permanence et utilise un antilimace, un granulé à base de métaldéhyde ou un produit bio. J’ai revu le désherbage, pratiqué en postlevée en deux fois, à bas volume et faible dose. Pour l’azote, tout est mis sur le rang. J’envisage une réduction progressive, quand je maîtriserai complètement la technique ; je ne veux pas prendre tous les risques d’un coup.

Faut-il un matériel spécifique ?

Il faut un semoir particulier. J’utilise un semoir argentin, qu’un tracteur de 90 chevaux peut tirer. Il coûte environ 25 000 € neuf, dispose d’un disque trancheur, d’un disque ouvreur et de roues pour fermer le sillon et contrôler la profondeur. Il faut le passer à 3 km/h sur les prairies et à 4-5 km/h sur les couverts. C’est peut-être lent, mais il n’y a que cela à passer !

- Propos recueillis par Maritxu Lopepe, journaliste à Laborari, hebdomadaire d’ELB, syndicat basque membre de la Confédération paysanne.


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Source : Publié dans et transmis amicalement par Campagnes solidaires

Photos :
. portrait : Campagnes solidaires
. semis direct : Cirad

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