Il est artiste, il est roumain, il s’engage pour l’écologie

Durée de lecture : 4 minutes

31 janvier 2014 / Lorène Lavocat (Reporterre)



Dan Perjovschi dessine l’état du monde. Ses croquis dénoncent le désastre de la mine d’or de Rosia Montana, ou soutiennent les manifestations contre le gaz de schiste. Il refuse d’être classé comme activiste, mais son œuvre est éminemment politique. Rencontre avec un artiste roumain qui ne badine pas avec l’art.


Les cheveux mi-long et grisonnants, Dan Perjovschi arrive décontracté. Il demande un café dans un français parfait. Il vient souvent en France, mais aussi en Suisse, en Turquie, en Russie, aux États-Unis. « Dan est l’artiste contemporain roumain le plus connu à l’étranger », explique Madalina, membre de l’association Café des Roumains.

Mais son allure de baroudeur et ses nombreux voyages ne l’empêchent pas de rester ancré en Roumanie. En octobre dernier, il a ainsi largement soutenu les protestations des jeunes contre l’exploitation du gaz de schiste à Pungesti. « Je ne conçois pas le métier d’artiste hors de la société », affirme-t-il. Et puisque le développement durable est pour lui « l’enjeu central de ce siècle », ses dessins traitent désormais de réchauffement climatique et de pollution.

Dan Perjovschi naît en 1961 à Bucarest, dans un pays où l’humour critique et la liberté d’expression n’existent pas. Il gardera des années communistes une méfiance pour les milieux d’extrême gauche, mais surtout une volonté tenace de s’opposer à toute forme de répression et de pouvoir autoritaire. Peut-être est-ce pour cela qu’il refuse d’être associé à un parti ou à un mouvement de pensées. « Je suis indépendant et individuel », répète-t-il.

La fin de la dictature de Ceaucescu lui ouvre de nouvelles possibilités. Au début des années 1990 en Roumanie, il se fait connaître en proposant des dessins satiriques pour la presse d’opposition. Ses croquis paraissent toujours régulièrement dans le magazine 22, classé centre-droit.

Mais c’est sur les murs que Dan Perjovschi va se faire connaître. Ses dessins délivrent en quelques traits simples une vision décalée sur l’actualité et la politique, par exemple sur l’Union Européenne ou les inégalités sociales. Les murs, les vitres fournissent un support visible par tous. « Je dessine d’abord pour me saisir moi-même d’un sujet, savoir de quoi je parle, puis pour que tout le monde comprenne ».

Il est reporter plutôt que caricaturiste. « Mon but est intellectuel n’est pas de faire rire ». Une formule qui semble marcher. « Ce qu’il fait est simple et percutant, il a une façon très originale d’exprimer l’absurdité des discours politiques, les manipulations des masses », admire Madalina.

Ces dernières années, il a mis son savoir-faire au service de la cause environnementale. D’abord en soutien aux opposants de Rosia Montana. « Ça m’a paru tellement fou, cette histoire. Ils veulent raser quatre montagnes et déverser des litres de cyanure dans un lac », soupire Dan. Il a accompagné les protestataires, sans pour autant participer aux actions. « Je ne suis pas un activiste, je suis un artiste, même si j’ai de la sympathie pour ces idées ».

En 2013, la Roumanie a vécu au rythme de mouvements sociaux. Des universités sont occupées en mars. Puis il y a eu l’automne roumain. En octobre, des milliers de personnes, surtout des jeunes, se sont mobilisés contre l’exploitation du gaz de schiste par la multinationale Chevron. La répression policière est violente.

Dan Perjovschi esquisse une réponse indignée. Il poste régulièrement des images sur Facebook. Ses croquis sont immédiatement repris par les protestataires. « Quand j’ai vu mes dessins téléchargés, imprimés et emmenés dans les manifestations, ça m’a vraiment touché ». Si lui ne se dit pas militant, son œuvre permet à des jeunes d’exprimer leur colère. « Pour moi, c’est une façon d’être solidaire. Mes dessins sont activistes, moi non », conclut-il. Il est aujourd’hui très connu parmi les étudiants.

« La nouvelle génération s’est rendue compte qu’elle avait une voix, et qu’elle pouvait être une force, analyse-t-il. Et grâce aux jeunes, l’écologie devient de plus en plus forte ». Un des obstacles à surmonter d’après lui, c’est l’éclatement des opposants au gaz de schiste. « Il y a de tout, des anarchistes, des habitants touchés, des jeunes à bicyclette ». Dan Perjovschi espère, avec ses dessins « créer un espace de dialogue ». « Je pense que je peux faire le le lien, le transfert d’informations entre les jeunes et les vieux ». Alors, pas militant ?





Source et photos : Lorène Lavocat pour Reporterre

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