Il est temps de réfléchir à l’énergie solaire

Durée de lecture : 4 minutes

20 mars 2011 / Daniel Lincot

France 2 a présenté l’énergie photovoltaïque de manière incroyablement fausse et biaisée. Il est plus que temps de s’intéresser vraiment à l’énergie solaire.


La situation épouvantable dans laquelle se trouve le Japon, à en pleurer, s’accompagne en France d’une campagne inimaginable sur la
question de l’énergie avec un dénigrement systématique du potentiel des énergies renouvelables.

Je suis profondément bouleversé par un tel aveuglement. Un exemple, parmi tant d’autre, mais sans doute le plus symbolique : le 16 mars soir dans le journal de 20h sur France 2 un nouveau seuil dans la gravité a été franchi avec la communication de données SCIENTIFIQUEMENT FAUSSES sur la question des énergies renouvelables lors d’un sujet préparé par la rédaction elle même et donc théoriquement validé scientifiquement. La video du journal en question peut être consultée sur le site d’antenne 2. Il y est question de comparer l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables, éolien et solaire photovoltaïque. Il est indiqué que 75% de l’énergie électrique est produite par le nucléaire. C’est exact. Puis, et c’est là que les choses commencent à déraper, que pour fournir cette énergie « il faudrait 87 000 éoliennes » sans plus d’explications sur la puissance de ces éoliennes....

Le mensonge devient avéré c’est lorsque le reportage aborde l’énergie photovoltaïque. Il est indiqué « qu’il faudrait recouvrir de panneaux solaires un territoire aussi étendu que celui de l’Union européenne », commentaire qui est illustré par une carte d’Europe recouverte de panneaux ! Le commentaire conclut « Un scénario impossible ». Pour un spectateur non averti, le message est clair et net, l’énergie solaire photovoltaïque n’est pas une alternative énergétique crédible. Et c’est ce qui va lui rester. Or, les données du reportage sont FAUSSES scientiquement. Le spectateur, le citoyen plutôt, aura donc été abusé, purement et simplement, et c’est très grave.

Venons-en à la démonstration, la production électrique française s’élève annuellement à environ 550 TWh (teraWatt heures, c’est à dire 10 puissance douze Wh. L’énergie solaire qui arrive en moyenne par metre carré et par an en France est de 1 à 1,3 MWh (mega soit 10 puissance 6 Wh). La production électrique annuelle correspond donc à ce que reçoit en France une surface d’environ 500 km2 soit un carré de 25 km de coté.

Rappelons que la surface de la France est d’environ 550 000 km2...l’énergie solaire correspondant à la production électrique est donc reçue sur environ un millième de la surface du territoire français. Maintenant, si l’on considère des sytèmes photovoltaïques présentant un rendement de conversion énergétique de 10%, ce qui est ce qui se fait couramment actuellement, la surface qui doit être mobilisée pour produire la même quantité d’électricité est de 5000 km2 soit un peu moins de 1% de la surface du territoire !

ON est loin, très loin, de la surface de l’Union européenne, qui doit faire plusiers millions de km2. Une telle erreur est inadmissible, en premier lieu de la part d’un service public.

Sur les bases scientiques rigoureuses, la conclusion aurait dû être contraire, et indiquer qu’il était parfaitement possible de considérer les énergies renouvelables et en particulier l’énergie solaire photovoltaïque comme un scenario POSSIBLE. Certains argueront encore que 5000 km2, c’est toujours trop... Pourtant sait-on que la surface couverte d’infrastructures en France (toitures, routes...) correspond à environ 30 000 km2, soit à peu près 5 fois plus que la surface nécessaire ?

Nous avons, avec une partie de nos toits, nos routes... l’équivalent en production potentielle du parc nucléaire. Les choses ne se feront pas en un jour, mais il est clair qu’une politique résolue de développement de l’énergie solaire photovoltaïque est une vraie alternative énergétique. Il faut non seulement en favoriser l’émergence plutôt que chercher à l’étouffer en permanence au nom d’un aveuglement coupable, mais aussi aller vers l’accélération de son déploiement !

C’est sur ce chemin que s’était engagée la France avec le Grenelle de l’environnement, rejoignant enfin l’Allemagne et le Japon sur ce terrain. C’est ce chemin qu’elle menaçait de quitter il y a quelques semaines au nom de la contribution financière jugée « insupportable » demandée aux Français. C’était avant l’accident nucléaire au Japon. Il faut espérer qu’il servira à ce que nos yeux se rouvrent sur la réalité des enjeux liés aux énergies renouvelables et sur l’exigence de rigueur dans les débats énergétiques à venir, que nous impose moralement la terrible souffrance endurée par le peuple Japonais.




Source : Communiqué de presse.

Daniel Lincot est directeur de recherche au CNRS, Médaille d’argent du CNRS et directeur de l’Institut de Recherche et de développement sur l’Energie Photovoltaïque (IRDEP), unité mixte de recherche CNRS-EDF-Chimie Paristech.

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