« J’aimerais bien être l’écotartuffe du mois »

15 avril 2011 / Jean Gadrey


J’aimerais bien être « l’écotartufe du mois », comme Patrick Viveret.

Je viens de recevoir le journal La Décroissance du mois d’avril. Cela fait plusieurs années que je suis abonné à ce mensuel. J’y trouve souvent des analyses qui décoiffent, au bon sens du terme, à côté de polémiques qui ne m’emballent guère, d’autant que ce sont toujours les mêmes têtes de Turc, essentiellement Nicolas Hulot, Cohn Bendit et presque tous les autres politiques verts, exception faite d’Yves Cochet.

À l’intérieur, un bulletin de réabonnement. J’étais en train de le remplir quand je me suis dit que j’allais parcourir ce numéro. Je suis alors tombé sur un article attribuant le titre envié d’écotartufe du mois à mon ami Patrick Viveret qui avait déjà eu droit à ce genre de décoration dans le passé (mais de façon moins voyante) parce qu’il avait mis les pieds au Grenelle de l’environnement.

Après avoir lu cet article, signé de Vincent Cheynet, j’ai décidé de ne pas renouveler mon abonnement. Cela ne fera ni chaud ni froid aux responsables du mensuel, mais moi ça me fait du bien de manifester mon désaccord avec le sectarisme d’une partie très minoritaire des « objecteurs de croissance », une galaxie à laquelle on me rattache, ce qui me convient.

Patrick Viveret a, il est vrai, commis de très graves délits : co-animer notamment les « dialogues en humanité » à Lyon, ville de Gérard Collomb, accepter des invitations de la Fondation Nicolas Hulot, refuser d’employer le terme de décroissance, et surtout préférer, en cas de désaccord, commencer par le dialogue et non par l’opposition frontale, ce qui « nuit à son intelligence » (sic).

Or je ne cesse de commettre ce genre de délits. Je mérite amplement de recevoir dès que possible une médaille d’écotartufe du mois. Pour grossir le dossier à charge me concernant et décrocher le titre, je livre aux animateurs du mensuel certains de mes méfaits les plus noirs (liste non exhaustive) :

J’ai accepté au cours des deux dernières années d’intervenir à l’invitation de la Fondation Nicolas Hulot, du PS, du PC, du Parti de gauche, des Verts, de Cap 21, de la CGT, de la CFDT… autant d’organisations truffées d’écotartufes.

J’ai été régulièrement invité aux dialogues en humanité et je m’y serais rendu si j’avais été disponible.

J’ai participé à la « commission Stiglitz » nommée par Nicolas Sarkozy. Franchement, à côté de ce délit majeur, Patrick Viveret fait figure de petit délinquant.

Je me refuse à utiliser le terme de décroissance.

J’ai horreur du sectarisme, dont je constate que, sauf exception, il est réservé à des cercles masculins. Dans le dernier numéro de La Décroissance, j’ai relevé les prénoms des auteurs d’articles et de tribunes : tous des hommes.

Il ne me viendrait pas à l’esprit de traiter Vincent Cheynet d’écotartufe au motif qu’il a accepté d’intervenir (à mes côtés) à une assemblée de rentrée du PS « productiviste » dans le Nord, ni de reprocher à Yves Cochet ou à Paul Ariès d’être allés parler de la décroissance au MEDEF. Débattre avec des convaincus c’est bien. Avec des non convaincus c’est au moins aussi indispensable, mais c’est plus difficile.

Tout cela ne m’empêche pas de souhaiter une belle croissance aux objecteurs de croissance non sectaires. Ni de me préparer à accueillir avec plaisir Paul Ariès à Lille le samedi 14 mai pour une après-midi de théâtre et de débat qui se présente très bien et que je co-organise avec mes amis d’Attac et d’autres associations pas du tout sectaires mais probablement dignes d’êtres distinguées par Vincent Cheynet pour écotartuferie galopante.




Source : http://alternatives-economiques.fr/...

Lire aussi : Adresse amicale au journal La Décroissance



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