José Bové : « La reculade de M. Ayrault sur l’écotaxe est minable »

Durée de lecture : 3 minutes

29 octobre 2013 / José Bové

Dans une tribune adressée à Reporterre, le député européen José Bové qualifie de « minable » la reculade du gouvernement Ayrault sur l’écotaxe. Ce matin 29 octobre, M. Ayrault a annoncé la suspension de cet outil de fiscalité écologique visant le trafic routier.

José Bové souligne que la crise agricole de la Bretagne découle d’un système productiviste à bout de souffle, sans rapport avec l’écotaxe.


La taxation des transports a entrainé de vives réactions dans le Finistère et les Côtes d’Armor. Je ne suis pas surpris que les habitants de cette région soient à bout de nerfs, vu la catastrophe économique qui frappe cette région. Car les élus locaux de droite et de gauche, poussés par la FNSEA, y ont mis en place une filière agricole industrielle qui n’est plus attachée à un terroir. Du jour au lendemain, comme dans les aciéries, les abattoirs peuvent fermer. C’est ce qui arrive, et c’est la catastrophe.

Plus de 750 000 porcs produits en Bretagne roulent plus de 2000 kilomètres dans des conditions déplorables pour être abattus dans des usines, installées dans le nord de l’Allemagne, et dont la construction a bénéficié de subventions européennes (comme, d’ailleurs, les abattoirs français qui ont su naguère empocher leur part quand il fallait).

La Bretagne, est en passe de devenir une espèce colonie productrice d’un minerai de viande, qui est transformé et valorisé ailleurs, un peu sur le modèle dramatique de la Côte d’ivoire qui fournit du cacao au monde, mais pas de chocolat !

L’agriculture en Bretagne a le dos au mur. Le modèle productiviste est à bout de souffle. Dans un marché mondialisé, les produits standard trouveront toujours un pays où la main d’oeuvre est moins chère, où les environnementalistes sont moins pénibles.

Ce modèle hors sol a été subventionné par tous les citoyens. Il a pollué les eaux, les campagnes et souillé les côtes d’algues vertes. Je ne vois pas pourquoi le lobby porcin, avec comme porte-parole le député UMP Le Fur ou l’ancien Président de région, Jean-Yves Le Drian, actuellement ministre de la Défense, bousillerait l’activité économique d’autres secteurs plein de vitalité comme le tourisme.

L’écotaxe est une solution et non pas une menace

La taxe sur le transport routier, ou ecotaxe, est selon moi une solution et non pas un danger. Car en renchérissant le coût des transports, elle oblige d’une certaine manière l’ensemble d’une filière à se repenser et à se reconstruire localement. Cette hausse des coûts est d’ailleurs minime lorsqu’elle est ramenée au kilo produit : environ un centime d’euro supplémentaire pour traverser la France. Elle nous permettrait de subventionner des infrastructures moins polluantes, comme le fret ferroviaire, ou de relancer la navigation fluviale, qui ne représente presque plus rien en France.

L’écotaxe est appliquée dans plusieurs pays européens, et en particulier en Allemagne. Cette décision n’a pas mis le feu aux campagnes. Pourquoi ? Simplement parce ce sont les véhicules lourds de plus de douze tonnes qui sont visés, ceux qui justement traversent l’Europe d’Est en Ouest et du Nord au Sud. En décidant de taxer des 3,5 tonnes, la décision du gouvernement n’était plus lisible car elle touchait aussi bien la desserte locale que les transports internationaux ce qui n’a rien à voir.

Construite différemment, son principe est parfaitement compréhensible par les gens. La reculade du gouvernement Ayrault est minable. Les mesures prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas faites pour faire plaisir aux écologistes, mais parce que la planète sur laquelle nous vivons tous commence vraiment à s’échauffer.

José Bové est député Vert au Parlement européen.



Source : José Bové pour Reporterre.

Photo :
. Stéphane Le Foll et Jean-Marc Ayrault : Huffington Post.
. José Bové : lefigaro.fr.

Lire aussi : L’écotaxe est bonne pour l’économie locale.

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