L’Atlantique nord absorbe de moins en moins de C02

Durée de lecture : 4 minutes

7 février 2013 / Ifremer

Les océans constituent un tampon essentiel du changement climatique, en absorbant une part majeure du gaz carbonique émis par la société humaine. Mais, selon une nouvelle étude scientifique, l’absorption par l’Atlantique nord semble diminuer. Moins de CO2 dans l’océan signifie plus dans l’atmosphère.


L’océan est le principal réservoir qui modère
l’accumulation du CO2 dans l’atmosphère, facteur
principal du réchauffement climatique.
La compréhension des mécanismes à l’origine du
stockage du CO2 dans l’océan est donc essentielle
pour mieux prévoir l’évolution du climat.

La revue Nature Geoscience publie cette semaine
les résultats [1] des travaux menés par une équipe
de chercheurs franco-espagnole (CNRS, Ifremer2
et Instituto de Investigaciones Marinas, CSIC3).
Ceux-ci ont mis en évidence le lien entre le
ralentissement du « tapis roulant » océanique,
qui transporte en surface les eaux chaudes vers
les hautes latitudes et en profondeur les eaux
froides vers le sud, et la réduction de l’absorption
du carbone anthropique dans l’Atlantique nord
entre 1997 et 2006.

Le tapis roulant océanique : le maillon manquant

Aujourd’hui, environ un quart du CO2 émis par l’homme est absorbé par l’océan, et
l’Atlantique Nord constitue un des principaux réservoirs de CO2 anthropique. Le puits
océanique de carbone s’explique par l’augmentation de la teneur en CO2 dans l’atmosphère
(due aux activités humaines) qui favorise ainsi la dissolution du CO2 dans l’eau. De plus, le
tapis roulant océanique contribue à enfouir le CO2 anthropique en profondeur dans
l’Atlantique Nord.

L’absorption du CO2 atmosphérique a diminué rapidement entre 1990 et 2006 dans la zone
subpolaire de l’Atlantique nord. De nombreux travaux l’ont déjà montré : des modèles
numériques et des observations ont ainsi mis en évidence l’influence des forçages
atmosphériques sur cette diminution.

Cette réduction a aussi coïncidé avec un ralentissement du « tapis roulant » océanique,
appelé circulation atlantique méridienne par les scientifiques. L’équipe franco-espagnole de
chercheurs s’est intéressée à ce facteur, et, grâce à des observations en mer, a pu prouver
que le ralentissement du tapis roulant océanique réduit la capacité naturelle de l’Atlantique
subpolaire à piéger le CO2 atmosphérique dans l’océan.

Le ralentissement du tapis roulant océanique observé au début des années 2000 fait partie
d’une variabilité dont les cycles durent de une à plusieurs dizaines d’années. Cet élément
peut être considéré comme le "maillon manquant" dans la compréhension du ralentissement
du stockage du CO2 atmosphérique. Il faudra à l’avenir le prendre davantage en compte dans
les modèles de prévisions du changement climatique.

Des données issues de campagnes en mer

Ces travaux ont été menés dans le cadre des programmes internationaux OVIDE [4], CATARINA5
et CARBOCHANGE [6] qui ont permis la réalisation de campagnes transocéaniques répétées
d’observation de l’océan. Celles-ci ont permis aux scientifiques de déterminer les
changements de circulation et du transport du CO2, et ainsi d’évaluer le bilan de CO2 dans
l’Atlantique nord à partir de son accumulation et de son transport par les courants.

Dans leur étude, les chercheurs ont décomposé l’Atlantique nord en deux régions
principales : subtropicale et subpolaire. Ils ont cherché à comprendre où le CO2, et en
particulier le surplus anthropique (d’origine humaine), est absorbé. Leurs principales
conclusions pour la période 1997-2006 sont les suivantes :

- L’absorption du CO2 anthropique a eu lieu presque exclusivement dans le gyre [7] subtropical,
mais il est transporté vers le gyre subpolaire par la circulation méridienne.

- Le ralentissement de la circulation méridienne est le principal responsable de la diminution
du transport du CO2 anthropique du gyre subtropical vers le gyre subpolaire, ce qui contribue
à limiter le stockage du CO2 anthropique dans les eaux profondes.

- La circulation méridienne apporte de l’eau non saturée en CO2 en provenance de l’Atlantique
Sud. Son ralentissement contribue à augmenter la teneur de CO2 en surface dans l’Atlantique
Nord et donc à limiter le transfert du CO2 de l’atmosphère vers l’océan.

............................................

Notes

[1] « Atlantic Ocean CO2 uptake reduced by weakening of the meridional overturning circulation » by Fiz F. Pérez,
Herlé Mercier, Marcos Vázquez Rodríguez, Pascale Lherminier, Anton Vélo, Paula C. Pardo, Gabriel Rosón and Aida F.
Ríos, Nature Geoscience, online 13 Jan., 2013.

[2] Laboratoire de physique des océans (Unité mixte de recherche Ifremer/ CNRS / IRD / UBO).

[3] CSIC : Consejo Superior de Investigaciones Cientificas, agence d’état espagnole.

[4] OVIDE : Observatoire de la Variabilité Interannuelle à Décennale en Atlantique Nord, projet coordonné par le LPO,
en collaboration avec des laboratoires de Paris, Vigo et Moscou.

[5] CATARINA : Carbon Transport and Acidification Rates in the North Atlantic, projet coordonné par le CSIC, en
collaboration avec l’Université de Vigo et le LPO.

[6] CARBOCHANGE : Changes in carbon uptake and emissions by oceans in a changing climate, programme européen
regroupant 100 scientifiques de 15 pays.

[7] gyre : boucle fermée de courant autour d’un bassin océanique.



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Source et photo : Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer)

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