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Tribune —

L’art du mensonge


Les 120 000 personnes dont on nous dit qu’elles ont acheté L’Imposture climatique de Claude Allègre (Plon, 300 p., 19,90 euros) semblent inspirées par le louable désir de s’informer. Il paraît donc tout à fait nécessaire qu’afin de se forger une opinion bien assurée sur le changement climatique, elles lisent L’Imposteur, c’est lui, de Sylvestre Huet (Stock, 198 p., 12 euros).

Il n’est pas besoin de présenter M. Allègre. Quelques mots, en revanche, sur M. Huet. Celui-ci est journaliste scientifique au quotidien Libération depuis 1995 et est connu pour - on emploie ici un mot devenu désuet - son sérieux.

M. Huet a prolongé le travail commencé dans Le Monde le 28 février. M. Huet a lu le livre de M. Allègre. Il a vérifié chaque assertion de cet éminent personnage. Il a consulté les documents évoqués et interrogé directement plusieurs scientifiques cités.

Le résultat est proprement stupéfiant, compte tenu du calibre de l’ancien ministre : L’Imposture climatique est tissé d’erreurs factuelles, de références fausses ou inventées, de graphes falsifiés, de confusions, de théorie du complot. Des présentateurs météo sont présentés comme des climatologues, des scientifiques inexistants sont évoqués, d’autres connus se voient attribuer des opinions qu’ils ne partagent pas.

Comme l’indique Hakan Grudd, un chercheur suédois dont M. Allègre a présenté de façon fausse un résultat, l’acte de celui-ci est « trompeur » et « contraire à l’éthique ». M. Huet conclut : « Certains ont fait du mensonge et de la mauvaise foi leur ligne de conduite. En France, Claude Allègre représente une sorte de spécialiste hors pair, le champion incontesté de cette catégorie. »

Une question que pose cette affaire est celle de l’éthique des médias en démocratie. Dès la parution du livre de M. Allègre, des scientifiques et des journalistes ont pointé ses erreurs multiples. Le géochimiste s’est néanmoins vu ouvrir sans réserve et le plus souvent sans contradicteur plateaux de télévision, studios de radio, et couvertures de magazines, comme s’il était indifférent que sa critique soit fondée sur des bases manifestement douteuses. La capacité à susciter de l’audience, la notoriété, l’aplomb l’emportent clairement chez les maîtres du système médiatique sur le souci d’un débat entre interlocuteurs honnêtes. A-t-on le droit de mentir effrontément ? Si l’on pèse son poids d’Audimat et que l’on va dans le sens de l’idéologie conservatrice, la réponse donnée par l’affaire Allègre est un oui tonitruant et très inquiétant.


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