L’écologie appelle un changement dans l’ordre des choses

Durée de lecture : 3 minutes

6 mars 2014 / Noël Mamère

« La crise écologique implique la remise en cause des rapports de propriété. Il faut remettre le commun au cœur de l’écologie. »


En 1840, le philosophe libertaire Proudhon, paraphrasant Sieyes, publie sa première œuvre : Qu’est-ce que la propriété ? Sa réponse - « La propriété, c’est le vol » - fait scandale à l’époque. Pourtant, cette inversion fait sens au moment où la révolution industrielle et les propriétaires fonciers s’approprient les richesses sur le dos de la paysannerie et de la jeune classe ouvrière.

Cent soixante quinze ans plus tard, un autre philosophe, Yves-Charles Zarka pose comme postulat L’inappropriabilité de la terre, titre de son remarquable petit essai (Armand Colin, 2013). Ce faisant, il instaure un principe fondamental, au cœur des luttes et des problématiques écologistes actuelles qui dénoncent l’appropriation productiviste en train de détruire notre monde habitable.

Sur l’ensemble de la planète, un petit nombre de groupes multinationaux accaparent les terres, pillent les ressources naturelles des peuples, s’approprient sans vergogne leurs savoir-faire ancestraux. Comme on l’a vu pendant les deux mondialisations précédentes, celles de l’esclavage et des empires coloniaux, cette conquête de nouveaux marchés passe toujours par la surexploitation des territoires et des populations.

La forme a changé, mais le fond de sauce est le même. La prédation des multinationales de l’énergie et des groupes agro alimentaires n’a jamais été aussi violente et sans limites. Conséquence : la question de la propriété, qui avait été enterrée par les discours anesthésiants sur les bienfaits de l’économie verte et les pratiques du greenwashing, revient comme un boomerang.

L’écologie suppose un partage des ressources

L’écologie est incompatible avec l’appropriation privée du sol, ce droit d’aubaine sauvage et sans contrôle. Elle suppose un partage commun des ressources, un rapport collectif à la propriété. L’idée du « commun », que le vingtième siècle avait condamnée aux oubliettes, revient en force au vingt et unième. Le « commun » n’a rien à voir avec l’étatisation, parce qu’il suppose l’association libre des producteurs, des usagers, des consommateurs, des citoyens. Et ce que Proudhon avait aussi découvert, la mutualisation.

On redécouvre l’idée du « commun » aussi bien dans les AMAP qui s’opposent au parasitage de la grande distribution, que dans les occupations des sans-terre au Brésil. Mais le commun ne se limite pas à la propriété foncière. il s’étend à l’immatériel, comme le montre la lutte contre le brevetage du vivant ou le mouvement des logiciels libres. Le commun n’est pas une nostalgie, mais une idée d’avenir, car l’intelligence collective ou la culture, l’air, l’eau ne peuvent pas être privatisés.

La morale de l’histoire est simple : l’écologie ne peut se réduire au verdissement du capitalisme. Elle suppose un changement dans l’ordre des choses. La crise écologique implique la remise en cause des rapports de propriété. Comment ne pas limiter la souveraineté des patrons quand l’entreprise a une emprise sur l’air, sur l’eau, sur les océans, quand la pollution qu’ils génèrent fait mourir des milliers de gens ?

Les écologistes ont eux-mêmes perverti leur combat en cautionnant le marché du carbone, en mettant aux enchères le climat, en le livrant aux marchands du temple. Il faut remettre le commun au cœur de l’écologie.



Source : Noël Mamère pour Reporterre

Image : Maisons du bien être

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