La Banque mondiale finance l’accaparement de la terre en Ouganda

27 avril 2012 / Les Amis de la Terre




A la veille de la conférence annuelle de la Banque mondiale sur la terre et la pauvreté [1], un rapport des Amis de la Terre Ouganda révèle les conséquences dramatiques de l’accaparement des terres financé par la Banque mondiale : violations généralisées des droits des populations et graves destructions de l’environnement.

Le rapport des Amis de la Terre Ouganda, Land, Life, Justice (« La terre, la vie et la justice ») [2], présente les témoignages de communautés contraintes d’abandonner leurs lieux de vie, leurs moyens de subsistance et leur accès à l’eau.

La Banque mondiale a historiquement soutenu et financé à hauteur de plusieurs millions de dollars, l’expansion de l’huile de palme dans les îles boisées au large du Lac Victoria à Kalangala (Ouganda). Près de 10 000 hectares ont déjà été plantés couvrant près d’un quart de la superficie des îles [3]. Si la Banque mondiale s’est depuis retirée du projet, qui implique aussi le géant des agrocarburants Wilmar, la compagnie africaine d’oléagineux BIDICO ou le gouvernement ougandais [4], les accaparements de terres continuent...

Les plantations de palmiers à huile se sont développées au détriment des cultures vivrières locales et des forêts tropicales. Les populations locales ont été empêchées d’accéder aux sources d’eau et aux pâturages. En dépit des promesses d’emploi, les habitants ont perdu leurs moyens de subsistance et ont du mal à joindre les deux bouts.

Pour David Kureeba de NAPE/les Amis de la Terre Ouganda : « Les droits à la terre sont en train d’être démolis, bien qu’ils soient garantis par la Constitution ougandaise. La petite agriculture, la foresterie qui a protégé la faune, le patrimoine et l’approvisionnement alimentaire de l’Ouganda sont remplacés par des décharges de palmiers à huile qui ne profitent qu’à l’industrie agro-alimentaire. Le gouvernement ougandais doit donner la priorité à la petite agriculture biologique paysanne et protéger les droits fonciers des populations ».

John Muyiisha, un agriculteur de Kalangala, raconte ainsi qu’en se réveillant un matin, il a trouvé des bulldozers détruisant ses récoltes. Il cultivait ce terrain depuis 34 ans. D’autres membres de la communauté ont été embauchés pour planter des palmiers à huile et contraints de revendre leurs terres en raison des dettes, du faible revenu de l’huile de palme et de l’absence de récoltes vivrières.

Ronack Monabay, chargé de campagne sur les Institutions financières internationales aux Amis de la Terre France, explique : « Ces récits contredisent l’idée même que l’accaparement des terres serait souhaitable et ’fonctionne’ pour les communautés et l’environnement. Des décennies de privatisation des terres et de promotion de l’agriculture industrielle par la Banque mondiale ont ouvert la voie à un accaparement massif des terres. Les gouvernements à travers le monde doivent arrêter l’accaparement des terres et non pas seulement essayer d’en atténuer les impacts les plus graves. Ils doivent respecter leurs obligations en matière de droits de l’homme sur la terre et réduire drastiquement leurs demandes pour les produits tels que l’huile de palme. »

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Notes :

[1] L’ordre du jour de la conférence annuelle mondiale qui s’est déroulé du 24 au 26 avril 2012 sur « la terre et la pauvreté » se concentre sur la manière dont les communautés peuvent bénéficier des acquisitions foncières plutôt que sur la façon dont elles peuvent conserver l’accès à la terre. http://www.landandpoverty.com/agenda/index.html

[2] Le rapport en anglais, un diaporama photographique et un film sont disponibles en ligne

[3] Les Iles Kalangala couvrent 432,1 km2 soit 43 210 hectares.

[3] Le projet de Kalangala, sur lequel se concentre le rapport, est une joint venture entre le géant mondial des agrocarburants Wilmar International et BIDICO, l’une des plus grandes compagnies de graines oléagineuse en Afrique de l’Est avec le soutien financier et politique des institutions financières internationales comme la Banque Mondiale et le gouvernement ougandais. Il est financé pour 120 millions de dollars par des financements privés, pour 10 millions de dollars par International Finance Corporation et la Banque Mondiale, pour 19,9 millions de dollars par le fonds international pour l’agriculture et le développement et pour 12 millions de subsides du gouvernement ougandais.





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Source : Les Amis de la Terre<pLire aussi : Les voitures européennes affament l’Afrique

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