La Chine et les Latinos

Durée de lecture : 2 minutes

15 septembre 2011 / Hervé Kempf


Evo Morales, le président bolivien, a rendu leur dignité aux peuples indigènes d’Amérique latine en accédant au pouvoir en 2006, en leur nom et porté par eux. Il a depuis mené une politique louable en redonnant à la Bolivie le contrôle des ressources naturelles du pays et en en utilisant les profits pour faire reculer la pauvreté. Il s’est aussi positionné comme le chantre d’une nouvelle écologie en proclamant les droits de Pachamama, la Terre-Mère, et en stigmatisant le capitalisme comme le responsable de la destruction de la biosphère.

Mais qu’arrive-t-il à M. Morales ? Depuis le 15 août, 1 700 indigènes marchent vers La Paz, où ils espèrent arriver cette semaine, pour protester contre un projet de route soutenu par le gouvernement bolivien. Le trait d’asphalte de 300 km relierait Villa Tunari (département de Cochabamba), à San Ignacio de Moxos (département de Beni). Or 177 km de cette route financée par le Brésil traverseraient le parc naturel d’Isiboro Secure, où vivent une cinquantaine de communautés indigènes et qui abrite une flore et une faune exceptionnelles.

La route n’aurait pas seulement un impact écologique important, disent les marcheurs, elle ouvrirait le territoire aux planteurs de coca et autres cultivateurs. Nombre d’associations écologistes boliviennes soutiennent la marche des indigènes, observant que la Bolivie a un des plus forts taux de déforestation du monde, et que d’autres routes à travers l’Amazonie sont en chantier ou en projet.

M. Morales souhaite à juste titre améliorer le niveau de vie de ses concitoyens, qui comptent parmi les plus pauvres du continent. Mais il recourt à la vieille recette d’un développement mené au prix de la destruction de la nature, une méthode d’autant plus critiquable qu’elle est accompagnée d’invocations à Pachamama et à l’esprit sacré de la nature.

L’affaire met aussi au jour un des mouvements géostratégiques les plus importants de l’époque : la liaison de dépendance entre l’Amérique latine et l’Asie. Car cette route a notamment pour but de faciliter le commerce entre le Brésil et la Chine. Et de la même manière que des écologistes boliviens parlent du « sous-impérialisme brésilien en Amérique latine », celle-ci devient dépendante vis-à-vis de la Chine, qui aspire goulûment ses ressources naturelles. Cuivre chilien, viande paraguayenne, soja argentin et brésilien, bois, pétrole, gaz, minerais... sont exploités à un prix écologique énorme, sans qu’en profitent toujours les populations. L’Amérique latine se développe-t-elle, ou laisse-t-elle de nouveau piller ses richesses, par ses veines toujours ouvertes ?




Source : Cet article est paru dans Le Monde daté du 14 septembre 2011.

Traducción en castellano : La China y los Latinos

Lire aussi : Evo Morales s’oppose à des Indiens sur la construction d’une route en Amazonie

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