La France engagée dans un projet contesté de centrale nucléaire en Russie

Durée de lecture : 3 minutes

6 juin 2013 / Les Amis de la Terre

Dans l’enclave de Kaliningrad, la Russie veut construire un nouveau réacteur nucléaire. Mais la population s’y oppose, et les paramètres économiques du projet sont plus qu’incertains. Pourtant, la France soutient ce projet, par sa diplomatie et par un prêt de la Société générale.


Alors que le projet nucléaire de Kaliningrad, en Russie, connait de grandes difficultés techniques et de financement, la France tente de le faire survivre coûte que coûte. L’ambassadeur français en Russie, Jean de Gliniasty, s’est rendu le 3 juin en personne sur le site de construction du projet pour le soutenir et inciter les autorités russes à aller de l’avant.

Yann Louvel, référent de la campagne Responsabilité des acteurs financiers aux Amis de la Terre, dénonce :

« Ce soutien officiel révèle l’hypocrisie totale des autorités françaises qui assurent vouloir tirer les leçons de Fukushima et ont lancé un grand débat national sur la transition énergétique, tout en continuant à soutenir activement la construction de centrales nucléaires dans un pays aussi corrompu et dangereux que la Russie. Les Amis de la Terre, Greenpeace et le Réseau ’’Sortir du nucléaire’’ demandent au gouvernement français et à la Coface de se retirer immédiatement de ce projet. Ils réitèrent également cette même demande à la Société Générale,
en charge de structurer le financement export des turbines d’Alstom pour ce projet. »

Le projet de centrale nucléaire de la Baltique, situé dans l’enclave russe de Kaliningrad, entre la Lituanie et la Pologne, rencontre de grandes difficultés depuis plusieurs mois. Plusieurs dépêches (1) d’agence de presse font état ces derniers jours d’une décision récente des autorités russes qui envisageraient de modifier
substantiellement le projet en changeant le type de réacteurs prévu.

Rosatom, l’entreprise russe qui mène le projet, prévoirait désormais la construction de réacteurs de plus petite taille et de plus faible puissance, comme les réacteurs VVER-640 ou KLT-40S de 640 ou 40 MW, plutôt que les deux grosses unités de 1 150 MW envisagées jusqu’alors. Elle se serait donnée un mois pour prendre une décision
finale à ce sujet. Sur le terrain, des entrepreneurs locaux témoignent d’un arrêt complet du chantier, débuté en 2010 (2).

Cette décision s’explique par la difficulté des promoteurs de trouver des financements et des débouchés à leur projet. Comme Ecodefense, l’association russe en pointe contre ce projet, et les Amis de la Terre, le soulignent depuis des mois, aucun des pays limitrophes ne veut du futur courant nucléaire qui pourrait être produit par cette centrale.

Pire, l’enclave de Kaliningrad risque de se retrouver électriquement totalement isolée dans les prochaines années avec l’intégration des pays baltes au réseau européen, privant la centrale nucléaire de débouchés majeurs puisque ce projet vise précisément et avant tout à pénétrer le marché électrique européen.

C’est dans ce contexte et suite à ces annonces que l’ambassadeur de France en Russie, Jean de Gliniasty, a jugé bon de se rendre en personne sur le site de construction pour confirmer le soutien de la France et l’implication d’Alstom dans ce projet (3).

Vladimir Slivyak, co-président de l’ONG russe Ecodefense, conclut : « Ce soutien des autorités françaises va directement à l’encontre de la volonté de la majorité des habitants de la région qui s’oppose à ce projet, d’après un nouveau sondage publié il y a quelques jours seulement. Il omet également totalement les graves déficiences de l’étude d’impact environnemental concernant la gestion des déchets nucléaires, le démantèlement et les impacts potentiels d’un accident nucléaire majeur.

Nous nous mobilisons depuis 2007 contre ce projet et cette mobilisation est en train de porter ses fruits. L’ambassadeur français ne devrait pas tant se préoccuper de ce projet et le laisser mourir en paix. Il devrait au contraire soutenir le développement des énergies renouvelables en Russie. »

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Notes

(1) Voir la dépêche de l’agence Reuters du 23 mai dernier sur cette
page

(2) Voir cet article sur le site rugrad .eu

(3) Voir la dépêche de l’agence de presse officielle Rossiyskaya Gazeta du 3 juin dernier



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Source : Amis de la Terre

Photo : Les Amis de la Terre

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