La France traite mal ses porcs

Durée de lecture : 4 minutes

14 avril 2010 / Anne Vonesch

Alsace Nature porte plainte contre la France pour non-respect de la directive sur les conditions de vie des cochons.


Alsace Nature, avec la participation de la PMAF, de la LFDA, de l’OABA, a déposé une plainte contre la République française à la Commission européenne, pour ses manquements systématiques en matière d’application de la directive 2008/120/CE concernant les normes minimales pour la protection des porcs. Cette plainte repose sur l’analyse des non conformités concernant :

- la formation et l’information des éleveurs

- les pratiques administratives, et notamment les critères et la transparence des contrôles.

Ces manquements avaient déjà été constatés en 2006, mais la situation n’a guère évolué sur le fond. Selon le bilan des inspections de 2008, entre 80 et 90 % des élevages seraient conformes sur les deux points détaillés ci-dessous. Or, au contraire, selon diverses publications et témoignages, l’immense majorité des élevages dits standard ne sont justement pas conformes. Comment comprendre cela ? La méthodologie des contrôles n’est pas communicable !

Les besoins des porcs : paille, foin, tourbe…

Rappelons les besoins comportementaux des porcs : explorer et fouiller. Entassés dans une case sur un caillebotis nu, et sans occupation, la frustration et le stress favorisent le « cannibalisme » enclenché par des morsures des queues des congénères (caudophagie). Pour éviter cela, la queue est sectionnée chez le porcelet. Or toutes les expertises s’accordent pour dire que ce mal-être des porcs peut être prévenu par des matériaux manipulables appropriés.
Pour cette raison la directive impose « un accès permanent à une quantité suffisante de matériaux permettant des activités de recherche et de manipulation suffisantes, tels que la paille, le foin, la sciure de bois, le compost de champignons, la tourbe ou un mélange de ces matériaux, qui ne compromette pas la santé des animaux ».
Ces matériaux naturels posent quelques difficultés pour les sols perforés (caillebotis), où ils risquent de boucher le système d’évacuation du lisier. Bref, il faut quelques aménagements. C’est l’heure d’innover.

La paille se transforme en chaîne

Mais l’innovation semble déranger. Déjà la fiche ‘conditionnalité’ du ministère fait un tour de passepasse en remplaçant ‘ou un mélange de ces matériaux’ par ‘ou autres matériaux’. Les organisations professionnelles poursuivent la modification du texte originel en inventant : ‘tout objet ou matériau satisfaisant … (ballon, chaîne, rondin de bois...)’ ou ‘ une chaîne, une corde ou un jouet….’. Ces matériaux ne répondent pas aux besoins des porcs.

Quant aux queues, leur section en routine est interdite. Il faut d’abord modifier les conditions d’ambiance et les systèmes de conduite, avant de sectionner. Pour des organisations professionnelles la solution est plus simple : elle consiste à fournir une attestation vétérinaire.

Où est le problème ?

La DGAL délègue volontiers les questions de bien-être aux filières professionnelles. Pour le porc, c’est l’IFIP. Or l’IFIP a comme mission de défendre le caillebotis intégral signifiant « système lisier », qui se pratique par définition sans litière, sans confort ni occupation des animaux, en claustration et à très forte densité. Dans le Conseil scientifique de l’IFIP sont représentés l’INRA, l’AFSSA, etc. Or l’AFSSA collabore avec les fabricants de systèmes de ventilation pour réduire les maladies respiratoires des porcs entassés en claustration sur caillebotis… alors qu’une autre solution consiste à ouvrir les porcheries et à faire respirer l’air frais, bref, à s’engager dans des systèmes alternatifs, à moindre densité, où, entre autre, le stress ne dégrade pas l’immunité.

Que peut apporter la plainte ?

Les auteurs de la plainte espèrent que le bien-être animal soit enfin pris au sérieux et bénéficie des moyens nécessaires. Ils cherchent à le sortir de la langue de bois. L’information des éleveurs doit évoluer. Les contrôles doivent devenir transparents et crédibles. La plainte veut aussi alerter la distribution sur la non-conformité des produits vendus. Les pratiques d’élevage ont besoin d’innovation. - En attendant, de nouvelles inspections européennes auront lieu.

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Compléments :

- dossier concernant la plainte :
http://www.alsacenature.org/images/...

- Brochure « Nous et les cochons »
http://www.alsacenature.org/images/...



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Source : Courriel à Reporterre.

L’auteur : Anne Vonesch est membre d’Alsace Nature.

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