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Tribune

La Terre, gagnante de la loterie cosmique

« Un objet pas comme les autres, un diamant isolé dans un sac de gravats. Comment ne pas ressentir à la fois une fierté, une jouissance, mais aussi une exigence, celle de garder en l’état ce joyau dont un extraordinaire hasard nous a gratifiés ? »


Mesure-t-on à sa juste valeur l’extraordinaire concours de circonstance qu’il a fallu pour que la vie se développe avec une telle vigueur, une telle générosité, une telle diversité sur cette planète, probablement unique dans l’Univers ?

Car ne nous y trompons pas, s’il est possible, voire probable, que d’autres formes de vie se soient établies par-delà l’infini galactique, il est inimaginable qu’un environnement et une biodiversité soient en mesure de soutenir la comparaison avec le cadeau que nous avons reçu. Que la masse de cet agglomérat d’atomes qui nous supporte eût été un tant soit peu différente et la distance qui nous sépare du soleil en eût été modifiée. La Terre se serait alors fondue dans la multitude des boules de feu ou de glace qui tournent dans l’infini de l’espace et du temps. La loi des grands nombres et des probabilités a distingué la Terre comme devant échapper à la banalité des espaces inanimés ; à l’image des rares joueurs de Loto qui emportent la mise, alors que leurs chances au départ sont infinitésimales. Nous faisons partie du lot gagnant de cette gigantesque loterie, nous devrions nous en réjouir tous ensemble et faire en sorte que cette chance ne se transforme pas à terme en cauchemar, du seul fait de nos idioties.

Les astronautes, qui ont le privilège de contempler notre monde à distance, ne peuvent pas revenir indemnes de leurs sauts dans l’espace. Parmi la foule des objets cosmiques inhospitaliers qu’ils ont le loisir d’observer, un seul fourmille de vies et c’est celui dont ils sont issus, celui sans lequel ils ne seraient pas. Un objet pas comme les autres, un diamant isolé dans un sac de gravats. Comment alors ne pas ressentir à la fois une fierté, une jouissance, mais aussi une exigence, celle de garder en l’état ce joyau dont un extraordinaire hasard nous a gratifiés ? Allons-nous prendre le risque de transformer l’or en plomb pour satisfaire la cupidité de quelques-uns ?

Allons-nous sacrifier nos forêts, nos océans, mettre à sac nos réserves, empoisonner notre atmosphère, exterminer des espèces animales par dizaines de milliers et ne léguer à nos enfants que la faculté de s’entre-tuer parce qu’ils n’auront plus rien à partager ?

Notre modestie dût-elle en souffrir, nous sommes les représentants d’une des formes les plus abouties de l’Evolution. Si tel n’était pas le cas, nous n’aurions pas investi et vassalisé la planète comme nous l’avons fait. Nous avons soumis le reste du monde vivant à notre domination, profitant au maximum du rapport de force que nous avons établi en notre faveur. Cette supériorité manifeste, qui fait de nous des êtres à part, nous confère une responsabilité que nous n’avons pas encore prise en compte.

Cette planète Terre est notre seul réel patrimoine que nous nous transmettons de génération en génération. L’intelligence, dont la Providence nous a gratifié, nous oblige à gérer et à conserver ce patrimoine. Un patrimoine universel dont personne ne peut revendiquer la propriété. Nous pourrions être les dinosaures de notre époque, à la différence que nous avons forgé nous-mêmes les armes de notre destruction. En deux cents ans, nous aurons probablement réussi à vider le grenier que la nature a mis des millions d’années à constituer, et pour aggraver le tout, nous aurons transféré dans l’atmosphère la colossale quantité de carbone qui se trouvait dans le sol. Réchauffement du climat, asphyxie des coraux, destruction des lieux de reproduction comme les mangroves, inondations, incendies volontaires, aucune des actions de l’Homme ne se solde sans traces néfastes et souvent indélébiles.

Deux options se présentent à l’humanité : « Après moi le déluge » ou « Vous êtes prié de laisser cet endroit en sortant aussi propre que vous aimeriez le trouver en arrivant ».

Il faut choisir, et vite.


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