La croissance à la matraque

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24 juin 2012 / Hervé Kempf


Le premier jet de gaz lacrymogène lancé par le gouvernement socialiste aura donc visé des paysans et des écologistes : jeudi 21 juin, les gendarmes ont tiré à Notre Dame des Landes (Loire-Atlantique) des grenades sur des opposants au projet d’aéroport. Mercredi 20 juin, d’ailleurs, les forces de l’ordre avaient évacué à Chefresne (Manche), un local, pourtant loué par le maire à des opposants au projet de ligne électrique du réacteur EPR en construction à Flamanville. Jeudi, on apprenait que l’exploration de pétrole au large de la Guyane serait autorisée, alors que la ministre de l’écologie Nicole Bricq avait souhaité la mise à plat du dossier. Ex ministre, au demeurant, puisque Mme Bricq a été délogée le même jour par surprise lors du remaniement ministériel, le ministère de l’écologie étant confié à une jeune femme, Delphine Batho, talentueuse mais aussi ignorante des dossiers de l’écologie – à l’exception de celui des OGM - que démunie d’expérience ministérielle.

Voilà donc des débuts fracassants pour la politique écologique du premier ministre, M. Ayrault. La couleur est annoncée – notamment pour le débat à venir sur l’énergie : les intérêts des grandes entreprises sont prioritaires. Et l’objectif qui détermine tout, comme l’explique une parlementaire PS écologiste (cela existe), « c’est de faire des points de croissance ». Du béton pour les aéroports et pour les centrales nucléaire, c’est de la croissance, donc, vive le béton.

Les dirigeants français, hélas, ne font que refléter la pensée des classes dominantes de tous les pays, qui s’est exprimée à Rio. Contrairement à ce que l’on pense, il s’est passé quelque chose au Sommet de Rio : la victoire de l’idéologie croissanciste sur l’approche écologiste. Ce triomphe est inscrit dans la déclaration finale adoptée vendredi 22 juin, où le mot qui revient le plus fréquemment est « croissance » (vingt-quatre occurrences). Le seul engagement pris dans l’introduction, intitulée « Notre vision commune », est celui-ci : « Nous nous engageons à travailler ensemble en faveur d’une croissance économique durable ». Ni le changement climatique, ni la biodiversité ne sont cités dans cette introduction. Plus tard seulement, on lit : « Nous reconnaissons que les changements climatiques sont à l’origine d’une crise transversale et persistante ».

Le nouveau développement durable ? Croissance über alles. Vous n’êtes pas d’accord ? Matraque et gaz lacrymogènes.




Source : Cet article a été publié dans Le Monde daté du 24 juin 2012

Photo : Lors de l’ouverture de l’enquête publique à Notre Dame des Landes le 21 juin 2012 (Nantes Maville)

Lire aussi : Le parti croissanciste

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