La destruction des armes chimiques syriennes, un risque écologique pour la Méditerranée

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4 février 2014 / Achim Gertz (Objectif Transition)



Une partie du stock d’armes chimiques syriennes doit être détruite en Méditerranée. Cela représente un risque écologique réel, en cas de tempête, notamment.


Avec un peu de retard sur le calendrier initial, la destruction de l’arsenal syrien d’armes chimiques, décidé par le conseil de sécurité de l’ONU le 27 septembre 2013 va entrer dans les semaines à venir dans sa phase finale, même si la Syrie semble traîner des pieds pour remettre à l’OIAC (Organisation pour l’interdiction des armes chimiques) la totalité de ses stocks.

Risque écologique pour la Méditerranée ou immense gesticulation diplomatique de l’ONU – ou les deux à la fois ? On peut se poser la question.

Résumé des événements

Sur un total de mille cinq cent tonnes de composants d’armements chimiques attendus sur le port syrien de Lattaquié, environ cinq cents tonnes sont de dangerosité classée A (gaz moutarde, sarin VX) et destinées à être traitées en haute mer par le navire américain Cape Ray, spécialement aménagé pour cette tâche.

- Le Cape Ray est un vieux navire roulier transformé. Ici dans son ancienne vie, quand en 1981, il s’appelait Seaspeed Asia -

Sous bonne escorte internationale, deux cargos, danois et norvégien, achemineront les produits vers le port calabrais de Gioia Tauro où ils seront transbordés dans le navire américain qui prendra la mer pour les traiter en zone maritime internationale.

Les volumineux résidus du traitement de ces cinq cents tonnes (l’équivalent de trois cents camions citernes) ainsi que le reste du « stock » syrien seront traités et éliminés dans des installations spécialisées un peu partout en Europe et dans le monde (par exemple Veolia en Angleterre). Un juteux marché de centaines de millions d’Euros qui voit se presser quatorze entreprises européennes, américaines et chinoises.

Première association à protester contre le traitement en haute mer, Robin des Bois pointe plusieurs problèmes.

Le premier d’ordre écologique et sécuritaire : Pourquoi traiter en haute mer alors que cela représente un risque indéniable pour la Méditerranée ? Une usine flottante n’est pas à l’abri d’une tempête – par contre elle est à l’abri des regards. Les Américains assurent que les deux « systèmes d’hydrolyse déployables » ne lâcheront aucun résidu en mer, mais qui sera là pour le contrôler ?

Le second est d’ordre juridique : Quel statut pour cette usine flottante dans les eaux internationales, le traitement et le transport de déchets étant normalement prohibé selon la convention de Bâle ?

D’autres oppositions se font jour. Dans le sud de l’Italie et dans les communes de la Calabre autour du port chargé du transbordement des déchets (un port civil), on pointe le risque, notamment sismique de cette région. En Grèce et à Chypre on craint pour le tourisme et la pêche...

En dehors de ces préoccupations légitimes pour notre sécurité et l’environnement méditerranéen, on est en droit de se demander si toute cette opération ne tient pas de la communication politicienne de l’ONU.

Depuis des décennies on a déjà détruit sous contrôle de l’OIAC quelques 70.000 tonnes d’armes chimiques de par le monde. L’opération « arsenal syrien » prend des allures de gesticulation internationale : on voit les Russes communiquer sur leur travail de soutien, les Chinois sur leur flotte d’accompagnement en Méditerranée, les Canadiens sur le don de véhicules, sans compter les pays qui proposent leurs incinérateurs de déchets….

L’ONU n’a pas su régler le conflit syrien. A défaut, et pour cacher son impuissance, elle déploie ses forces médiatiques et technologiques pour le faire oublier.





Source : Courriel à Reporterre de Objectif Transition

Photos :
. Cape Ray, dans le chapô :La Croix
. Seaspeed Asia : Robin des Bois

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