La dette publique découle de la baisse des impôts

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8 octobre 2009 / Jean Matouk



En 28 ans, l’impôt sur le revenu a baissé de 5 points de PIB. Inverser la tendance permettrait de combler le déficit budgétaire, donc le problème de la dette publique.


Le problème de la dette française ressort. Elle avait été au cœur de la campagne présidentielle de 2007 , mais la crise et la nécessité où était notre gouvernement, comme tous les autres, de recapitaliser les banques puis de relancer la croissance économique, l’a remise à l’ordre du jour. Aujourd’hui, elle est de 1429 milliards € soit 74% du PIB. Elle atteindra 80% du PIB en 2010 en France, mais dépasse 100% en Italie, Grèce, Japon, Etats-Unis et se trouve bien proche de 80% aussi en Grande Bretagne et Allemagne.

Dans son interview télévisée de New York, Nicolas Sarkozy a affirmé qu’en période de crise il était normal que les déficits publics se creusent, qu’il n’y avait pas d’autre solution. Ceci est exact mais il oublie d’ajouter que, dès son arrivée, en juillet 2007, il a alourdi le déficit et la dette de l’ordre de 15 milliards par an, du fait des baisses d’impôt de la loi TEPA, favorables aux plus aisés.

Un phénomène économique doit toujours être apprécié avec recul. En 28 ans, de 1980 à 2008, la part des impôts d’Etat a baissé de 3%, celle des collectivités locales a progressé de 2% ( et nous n’en sommes qu’au début) et celle des cotisations sociales s’est envolé de 5%.

La baisse des impôts d’Etat est entièrement due à celle de l’IRPP (impôt sur le revenu). Selon les chiffres disponibles de l’INSEE la part de l’IRPP sur le revenu net (devenu revenu fiscal de référence) est passée de 15,5% en 1989-90 à 10,6% aujourd’hui. 3% du PIB, c’est ce que représentait le déficit budgétaire en 2008, avant la relance qui, évidemment, l’a creusé. C’est à peu de chose près, le double du plan de relance.

La baisse régulière de l’IRPP n’a apporté aucun avantage économique. Depuis le début des années 80 la France expose un taux de croissance faible par rapport aux autres, notamment parce que les investissements productifs dans l’industrie et les services ont été trop faibles. L’épargne fiscale ne s’est pas réinvestie.

Aujourd’hui, le salut économique national exigerait, certes, que l’on réduise puis annule le déficit de la sécurité et sociale, et, en particulier de l’assurance maladie par des mesures nécessairement impopulaires, comme l’augmentation du forfait hospitalier. Les revenus remboursables des professions paramédicales devraient cependant aussi être appelés à la solidarité. Mais ce salut exigerait aussi que l’on remette l’IRPP en pourcentage du revenu à son niveau de 1980. Ce serait d’abord un acte de saine gestion budgétaire, réduisant le déficit donc la dette. Ce serait aussi un acte de justice sociale.

Ce serait enfin modérer un peu la frustration permanente de tous ceux qui voient leur pouvoir d’achat n’augmenter que fort peu, et rêvent donc en permanence d’accéder au modèle de consommation des gens plus aisés qu’eux ; un tel rêve du « toujours plus » , qui entretient cette frustration permanente, est le fondement de la croissance matérielle ininterrompue sur laquelle sont assis les profits des entreprises mondiales, mais aussi d’une pollution croissante de la terre et de son atmosphère , létale pour notre planète.






Source : Courriel à Reporterre

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