La disparition de Jean Bastaire, penseur d’un écologisme chrétien

Durée de lecture : 2 minutes

27 août 2013 / Jean-Claude Noyé



Jean Bastaire s’est éteint. Cet intellectuel tranquille et décroissant dans l’âme avait stimulé la réflexion pour une approche chrétienne de l’écologie.


Jean Bastaire est passé de l’autre côté du miroir samedi 24 août, à l’age de 86 ans, à son domicile, à Meylan, près de Grenoble. Avec lui, c’est une grande voix de l’écologie qui disparaît. De l’écologie chrétienne, faut-il préciser d’emblée.

Ce poète, doublé d’un mystique amoureux de la beauté du monde, tenait en effet beaucoup à situer sa réflexion et ses ouvrages dans le champ d’un christianisme renouvelé, porteur d’une espérance forte pour des lendemains moins glacés. Un christianisme de la terre et du ciel résolument hostile à la société de consommation et à l’hérésie productiviste/consumériste. En témoigne encore, avec une élégance et une force sans équivoque, Pour un Christ vert, livre paru en 2009 (éd. Salvator), quelques années après la première édition de Pour une écologie chrétienne (éd. du Cerf, 2004).

Deux ouvrages qui auront connu un fort succès d’estime. La plupart des autres, pourtant d’une haute teneur à la fois poétique et doctrinale, n’auront hélas rejoint qu’un cercle étroit mais fervent de lecteurs sensibles à la singularité de sa voix.

C’est que la discrétion de cet écrivain prolixe, éloigné des cercles parisiens, fit de l’ombre à son envergure réelle d’essayiste aux accents prophétiques. « La charité pour les hommes et les autres créatures nous commande une charité cosmique. Entre eux, les destins sont liés. Sous la direction de l’homme et par la grâce du Christ, la sauvegarde et le salut (sauvegarde temporel et salut éternel) doivent s’étendre à tous », écrivait-il dans une des nombreuses lettres dactylographiées qu’il envoyait à ses correspondants.

De fait, ce « mécontemporain », selon l’expression chère à Péguy dont il était l’un des spécialistes reconnus, était resté un homme d’un autre temps. De ce temps où l’on prenait …. le temps de lire dans le texte, in extenso, les auteurs anciens et d’envoyer un abondant courrier. Un éternel béret vissé sur le crâne, de solides souliers au pied, l’allure alerte et même galopante avant que ses jambes ne le lâchent, cet agrégé d’italien n’a, de fait, jamais adopté l’ordinateur et autres courriels, encore moins les téléphones portables.

C’était un décroissant qui n’en revendiquait pas le nom mais qui en avait la fibre. Et c’est ce qui le rendait si attachant. Citons le encore : « Christ vert, cette expression étrange est calquée sur le Christ socialiste du XIX ° siècle, Christ ouvrier et Christ des barricades qui malheureusement échoua, faute de rencontrer dans l’Eglise de son temps une compréhension suffisante qui aurait corrigé son idéalisme naïf et son matérialisme théiste. L’Eglise du XXI ° siècle va-t-elle rater à nouveau le rendez-vous ? »






Source : Jean-Claude Noyé pour Reporterre

Photo : La Croix

Complément d’infos : Une tribune de Jean Bastaire dans Prier

Consulter par ailleurs le Dossier Ecologie, spiritualité, sens de la vie

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