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EntretienÉcologie et spiritualité

« Le pape François était un allié de taille dans la défense de l’environnement »

Une photographie du pape François le 21 avril 2025 dans la cathédrale de Westminster, à Londres.

Le pape François, mort le 21 avril, a fait entrer les questions écologiques dans le discours de l’Église. Son successeur ne pourra pas revenir en arrière, estime Laura Morosini, directrice européenne du Mouvement Laudato Si’.

Le pape François est mort le 21 avril, laissant derrière lui une forte empreinte sur les questions écologiques. Son pontificat a été marqué par la publication, le 18 juin 2015, de Laudato Si’, la première encyclique entièrement consacrée à l’écologie au sein de l’Église catholique.

Ce texte majeur appelait à prendre « soin de notre maison commune » et à une conversion écologique radicale, actait le fait que le réchauffement climatique était lié à l’activité humaine et établissait un lien fondamental entre la question écologique et la question sociale « L’humanité est appelée à prendre note de la nécessité des changements de mode de vie et dans les méthodes de production et de consommation, pour lutter contre le réchauffement, ou au moins les causes humaines qui le produisent et l’accentuent », précisait ce texte, en s’appuyant sur les études scientifiques.

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Cette encyclique a mis en mouvement des millions de catholiques dans la lutte pour la défense de l’écologie, juge Laura Morosini, directrice du programme Europe pour le Mouvement Laudato Si’. Elle se dit confiante quant à la succession de François et à l’héritage qu’il laisse.



Reporterre — Comment réagissez-vous à la mort du pape François, en tant que catholique et écologiste ?

Laura Morosini — Je suis triste, bien sûr, c’est comme la perte d’un ami. Dans mon entourage, beaucoup disent que ce pape a influencé leur travail, leur militantisme, leurs relations avec leurs amis, leur foi, parfois aussi leur façon de consommer. Je suis donc triste d’avoir perdu cet ami qui était, en même temps, un allié de taille dans la défense de l’environnement. Il a lancé des changements profonds dans la communauté catholique et publié des textes qui vont rester en matière d’écologie.



En 2015, François publiait « Laudato Si’ », la première encyclique consacrée entièrement à l’écologie. Quels sont les apports de ce texte dix ans plus tard ?

D’autres papes s’étaient déjà exprimé depuis plusieurs décennies sur ce sujet. Par exemple, lors d’un discours au congrès de la FAO [Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture] en novembre 1970, Paul VI avait parlé de catastrophe écologique. Le sujet était aussi souvent abordé dans le cadre des conférences épiscopales de nombreux pays. D’ailleurs, Laudato Si’ cite beaucoup ces conférences. Mais les documents élaborés étaient réservés aux initiés. 99 % des gens les ignoraient, y compris dans le clergé. Avant 2015, il était rarissime d’entendre un sermon ou une prière liée à l’écologie.

« Le nombre de paroisses qui proposent des événements autour de l’écologie a énormément augmenté »

Aujourd’hui, même si ce n’est pas encore massif, il m’arrive plusieurs fois par an d’entendre par hasard dans une église une intention de prière, un sermon, de voir un affichage... qui ont trait à l’écologie intégrale. C’est en particulier le cas pendant le mois dit du « Temps pour la création », qui s’étend du 1ᵉʳ septembre au 4 octobre, une période dédiée plus spécialement aux questions écologiques. Ce temps œcuménique, qui concerne aussi orthodoxes et protestants, existait avant le pape François, mais restait très confidentiel. Il est devenu très large depuis 2015. Prières, débats, projections, conférences, ateliers, visite de fermes… Le nombre de paroisses qui proposent des événements autour de l’écologie a énormément augmenté. On a même un peu de mal à les recenser.

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L’encyclique Laudato Si’ a mis en mouvement des millions de personnes, à travers le monde, notamment grâce à la plateforme d’action Laudato Si’. Ce site propose une mise en action à destination de dix-sept catégories d’acteurs, qui vont des hôpitaux aux écoles et universités, en passant par les paroisses et les diocèses. Vingt millions de personnes ont déjà été touchées. Elles ont pris des initiatives, mis en place un projet, etc. C’est la première fois qu’un outil est créé pour le suivi de la mise en œuvre d’une encyclique.

Par ailleurs, le Mouvement Laudato Si’, présent dans 140 pays et pour lequel je travaille, forme chaque année des animateurs pendant deux mois, à distance et dans de nombreuses langues. L’objectif est qu’ils étudient l’encyclique et travaillent sur comment la mettre en œuvre. Aujourd’hui, 20 000 animateurs sont actifs à travers le monde, un chiffre qui croît sans cesse.

« Depuis 2015, le climatoscepticisme s’est renforcé, y compris dans l’Église »

Un autre chiffre également parlant : 384 organisations catholiques du monde entier se sont engagées à ne plus investir leur argent dans les énergies fossiles. Le fait de continuer à financer de nouvelles exploitations fossiles est vu clairement comme un problème éthique depuis Laudato Si’, qui appelle à sortir sans délai des énergies fossiles. Pour la première fois, trois organisations françaises ont acté cette année ce désinvestissement : le diocèse de Grenoble, celui de Nantes et la Congrégation des sœurs auxiliatrices.



En 2023, le pape François publiait un nouveau texte sur la question écologique : « Laudate Deum ». Pourquoi ?

Il s’est rendu compte que la partie sur le climat de son encyclique n’avait pas été assez entendue. C’était un chapitre important en réaction aussi aux mouvements climatosceptiques, dans lequel il disait clairement qu’il y avait dérèglement climatique, que la cause était anthropique, que la science était claire là-dessus et que ça ne se discutait pas.

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Sauf que, depuis 2015, le climatoscepticisme s’est renforcé, y compris dans l’Église. Juste en amont de la COP de Dubaï en 2023, François a donc voulu remettre les points sur les « i » avec cette exhortation apostolique, exclusivement dédiée à la crise climatique. Il y évoque l’importance, la noblesse des efforts individuels, tout en expliquant que les grandes décisions de politique nationale et internationale seront avant tout les solutions les plus efficaces. Il voulait aussi mettre en garde contre la tentation de jeter l’éponge alors qu’on voyait qu’on allait dépasser les 1,5° C. Pour lui, tout dixième de degré en plus évité épargnera des souffrances à de nombreuses personnes.


Que peut-on attendre du successeur de François ? Va-t-il conserver son héritage ? Êtes-vous inquiète ?

Le pape a un rôle prophétique. Il montre la voie et peut lancer beaucoup de choses. Mais l’Église, c’est quand même autre chose que le pape. C’est 1,3 milliard de catholiques et énormément d’organisations. Ce n’est pas juste une pyramide. Les différentes congrégations sont autonomes. Et une fois qu’elles sont engagées dans quelque chose, elles continuent.

Un peu comme un paquebot, l’Église a viré son orientation de quelques degrés, en prenant en compte ces questions d’écologie. Et elle va continuer. Je suis confiante. Le nouveau pape aura son propre style. Mais un pape ne défait pas ce qu’a fait le pape précédent. En 2021, pour la COP26 de Glasgow, le pape a créé un dialogue avec des non-catholiques, en lançant un appel commun avec une quarantaine de représentants des grandes religions du monde. Il a eu une action diplomatique. Maintenant, le Vatican fait partie des négociations climatiques. Il ne va pas se retirer, quel que soit le nouveau pape.

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