Le pape Léon XIV appelle à « désarmer » l’IA
Léon XIV lors de sa messe inaugurale, au Vatican, le 18 mai 2025. - U.S. Department of State / Domaine public
Léon XIV lors de sa messe inaugurale, au Vatican, le 18 mai 2025. - U.S. Department of State / Domaine public
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Pour sa première encyclique — une lettre solennelle adressée à l’ensemble de l’Église catholique —, le pape Léon XIV a choisi d’alerter sur les conséquences de l’intelligence artificielle (IA). Rendu public lundi 25 mai, ce texte, intitulé Magnifica humanitas (Magnifique humanité), appelle à « désarmer » cette technologie.
Le pontife déplore notamment l’empreinte environnementale des systèmes d’IA, qui nécessitant, « de grandes quantités d’énergie et d’eau », avec un « impact significatif sur les émissions de dioxyde de carbone ». Il conspue également les « nouvelles formes d’esclavage » sur lesquelles l’IA s’appuie : « Dans certaines régions du monde, des adolescents et des enfants travaillent dans des conditions dangereuses au broyage des matériaux dont on tire les terres rares. Des corps marqués, mutilés, usés pour que le flux de calcul ne s’interrompe pas. »
Magnifica humanitas s’interroge également sur les conséquences cognitives, sociales et morales de cette technologie. Le « paradigme technocratique » dans lequel nous serions plongés, qui consiste à laisser « la logique de l’efficacité, du contrôle et du profit régir à elle seule les choix personnels, sociaux et économiques », s’est étendu avec l’IA, observe-t-il, au risque de réduire « les personnes à des rouages d’un système qu’il faut rendre toujours plus performant ».
Créer « des cadres juridiques adéquats, une surveillance indépendante »
Le pape s’inquiète tout particulièrement de l’utilisation militaire de l’IA, dans un contexte de montée générale des tensions et des conflits. Cette technologie pourrait, écrit-il, « abaisser le seuil du recours à la force, rendre les responsabilités opaques, alimenter une culture où l’ennemi est réduit à une donnée et la victime à un “dommage collatéral” ».
Léon XIV appelle à créer « des cadres juridiques adéquats, une surveillance indépendante », afin d’empêcher cette technologie « de dominer l’humain ». « Cela signifie la soustraire aux monopoles, la rendre discutable, contestable, et donc habitable, en la restituant à la pluralité des cultures humaines et des formes de vie ».
Cette encyclique paraît onze ans après Laudato si’, dans laquelle le pape François appelait à « sauvegarder » la planète, notre « maison commune », en rompant notamment avec le consumérisme.